Défloration
Nous sommes à la chambre criminelle près la Cour d’appel d’El Jadida. Au box des accusés, à la salle d’audience, se tient un jeune homme, la vingtaine, accusé de kidnapping, séquestration et attentat à la pudeur sur une mineure ayant entraîné sa défloration. Mais il rejette tout en bloc, affirmant que cette relation était consentante
Tout a commencé par l’angoisse d’une mère. Il y a quelques semaines, elle s’est présentée au poste de la gendarmerie royale de Khemis Zemamra. Sur son visage se lisait une grosse inquiétude. En effet, sa fille de seize ans, interne dans un lycée de Sidi Bennour, a vécu un véritable cauchemar. En sortant acheter des livres, lui a-t-elle raconté, un jeune homme sur une moto l’a interceptée, un couteau à la main. Sous la menace, il l’a emmenée dans un lieu isolé, puis dans une maison il l’a séquestrée et violée, lui faisant perdre sa virginité. Le lendemain, il l’a déposée devant son lycée comme si de rien n’était.
La plainte a été enregistrée et les investigations ont été entamées par l’audition de la fille, en présence de sa mère. Sous le choc et le regard fuyant, l’adolescente a confirmé les faits relatés dans la plainte. Le certificat médical est venu confirmer les dires de la lycéenne : elle porte les stigmates d’une agression sexuelle qui remonte à une dizaine de jours ayant conduit à sa défloration. Les enquêteurs n’ont pas perdu le temps pour se lancer à la recherche du jeune homme et l’arrêter. Confronté aux accusations, à savoir kidnapping, séquestration et attentat à la pudeur avec violence sur une mineure, le jeune s’est montré étonné, assurant que la fille a menti en disant qu’il l’a enlevée… La réalité, a-t-il poursuivi, est qu’ils ont entretenu une relation amoureuse et elle était bien consentante. A ce moment, les enquêteurs ont interrogé, une autre fois, la lycéenne, mais loin des regards de sa mère.
Avec une voix plus basse, elle a avoué qu’elle a effectivement menti à sa mère, qu’il n’y a eu ni couteau, ni enlèvement, ni séquestration. Depuis des mois, elle échangeait en cachette avec ce jeune homme sur les réseaux sociaux. Puis leur rencontre s’est matérialisée. C’est elle qui est allée le rejoindre un soir. Ils se sont retrouvés dans un champ. Là, les choses ont dépassé ses attentes ; il a été plus insistant, et l’acte a été consommé, sans violence. La peur des conséquences, de la réaction de ses parents, l’a ensuite poussée à inventer cette histoire de kidnapping sous la menace d’une arme. Le jeune homme a confirmé cette version mais il a décliné toute violence. Mais pour la Cour de la chambre criminelle près la Cour d’appel d’El Jadida qui a examiné l’affaire, la nuance est capitale, mais elle ne change pas tout. L’adolescente a seize ans, c’est-à-dire encore mineure. Par conséquent, au regard du code pénal, le consentement n’est pas un fait exonératoire. Les accusations de kidnapping et de séquestration sont requalifiées en détournement de mineure aggravé par la défloration. C’est pour cela que le jeune vingtenaire a été condamné à cinq ans de réclusion criminelle.



