Mécanique huilée
Une jeune femme pour appât, des appartements pour décor et la peur pour monnaie d’échange. Ainsi fonctionnait un réseau criminel qui avait fait du piège sentimental un véritable commerce.
À Sidi Ifni, l’affaire a commencé, dernièrement, discrètement, comme un murmure, dans les couloirs de la police judiciaire. Une information précise, signalant l’existence d’un réseau opérant dans plusieurs villes de la région de Souss-Massa. Mais derrière cette alerte se cachait une mécanique criminelle bien huilée.
Le réseau avait trouvé une méthode redoutable : une jeune femme servait d’appât. Sur les réseaux sociaux ou à travers de simples prétextes de rencontre, elle entrait en contact avec ses cibles, des hommes d’affaires et des notables. Elle savait choisir ses mots, installer la confiance, donner l’illusion d’une relation naissante. Rien ne paraissait suspect. Tout semblait naturel. Les rendez-vous se déroulaient dans des appartements loués à Agadir et dans ses environs. Les lieux étaient soigneusement préparés : une table dressée, des boissons alcoolisées, quelques fruits, une atmosphère feutrée. La scène devait évoquer la normalité et rassurer la victime. On parlait, on riait, on échangeait des compliments. Peu à peu, la vigilance tombait.
Puis venait l’instant choisi. Quand la confiance était totale et que la situation semblait banale, la porte s’ouvrait brusquement. Des hommes surgissaient dans un tumulte volontairement théâtral, criant, menaçant, accusant la victime d’avoir été surprise dans une position compromettante. Le piège se refermait.
Pris de panique, l’homme n’avait souvent pas le temps de comprendre. On lui parlait de police, de famille, de réputation ruinée. On évoquait des images prises en cachette, ou l’on prétendait avoir tout filmé. Chaque mot visait à le désorienter, à l’écraser sous le poids de la peur et de la honte. La seule issue proposée était simple : payer pour que tout soit effacé et pour que le silence soit acheté.
Ainsi, le scénario se répétait, presque à l’identique, victime après victime. Chacun des membres du réseau connaissait son rôle: l’appât, les observateurs, ceux qui entraient en scène au moment décisif. Une organisation précise, froide, méthodique.
Mais l’ombre ne pouvait durer éternellement. Les enquêteurs de Sidi Ifni, en coordination avec leurs collègues d’Inezgane et de Sidi Bibi, ont remonté patiemment le fil. Filatures, recoupements, écoutes techniques. Chaque indice rapprochait un peu plus la police du cœur du réseau. Les arrestations ont révélé l’étendue géographique de la bande. Des individus originaires de Sidi Bibi, de Dcheira, de Sidi Ifni et même d’Imessouane. Leur dispersion confirmait ce que les enquêteurs soupçonnaient déjà, à savoir que l’affaire dépassait largement une seule ville. L’enquête, toutefois, n’est pas terminée. Les autorités cherchent encore d’éventuels complices, ceux qui ont aidé à fournir les appartements ou facilité les rencontres. Car dans ce genre d’histoires, les visages visibles ne sont pas toujours les seuls coupables.
Présentés devant le parquet compétent, les membres du réseau arrêtés ont été maintenus en détention provisoire en attendant que la justice démêle définitivement les fils de cette toile patiemment tissée.


