IA : Les 7 règles d’or anti-erreurs

IA : Ce que vous devez savoir – Acte 11

Réflexes de bon sens  
L’IA est un outil puissant, mais elle devient problématique quand on lui donne un statut qu’elle n’a pas : celui d’un juge, d’un expert infaillible, ou d’une autorité morale.

Dr. Mahjoub ABDEDDAÏM
Médecin spécialiste en Rhumatologie
Éthique, IA & Santé, Oujda

L’intelligence artificielle est déjà dans notre quotidien : sur nos téléphones, dans les moteurs de recherche et les réseaux sociaux, et jusque dans des usages professionnels. Elle peut nous faire gagner du temps, clarifier une idée, améliorer un texte, proposer des pistes. Mais elle peut donner une réponse convaincante… même quand elle est fausse. Et comme ces réponses sont souvent bien formulées, le risque est simple : confondre une réponse convaincante avec une vérité.
Dans cette série «IA : ce que vous devez savoir», l’objectif est de donner au lecteur des repères pratiques : utiliser l’IA sans naïveté, éviter les pièges, et garder la décision là où elle doit rester : chez l’être humain. Voici donc 7 règles d’or, comme une ceinture de sécurité avant de croire, partager… ou agir.

Règle d’or n°1 : Une réponse n’est pas une preuve
Une IA peut fournir une explication très logique et très fluide… sans que cela soit vrai. La qualité du style ne garantit pas la vérité.
Exemple : une personne écrit «douleur à la poitrine : c’est sûrement le stress ?» L’IA peut répondre oui, en donnant des raisons. Mais une douleur thoracique peut aussi être un signal sérieux. Dans ce type de situation, l’IA ne remplace jamais un avis médical réel : on ne «devine» pas, on vérifie.

Règle d’or n°2 : Demandez les sources… et vérifiez-en au moins une
Quand l’enjeu est important, demandez : «D’où tenez-vous cette information ?» Et vérifiez au moins une source fiable : institution, organisme public, texte officiel, recommandation reconnue.
Exemple : «Cette nouvelle procédure de la CNSS existe-t-elle ?» ou «Cette aide gouvernementale annoncée sur WhatsApp est-elle réelle ?» Une vérification sur un canal officiel peut éviter des déplacements inutiles, des arnaques… ou de grandes déceptions.

Règle d’or n°3 : Replacez toujours la réponse dans votre contexte
Beaucoup d’erreurs viennent d’une réponse «vraie en général» mais fausse dans un cas particulier.
L’IA ne vit pas votre réalité: elle ne connaît ni vos contraintes, ni votre histoire, ni vos risques.
Exemple : «Puis-je prendre tel médicament?» L’IA répond : «Souvent oui». Mais si vous avez une allergie, une grossesse, une maladie chronique ou un autre traitement, tout peut changer. Le contexte n’est pas un détail: c’est la clé.

Règle d’or n°4 : Demandez deux autres options (quand c’est possible)
Une bonne décision se construit rarement sur une seule option. Demandez à l’IA : «Donnez-moi deux autres pistes». Cela oblige à comparer, à réfléchir, à ne pas s’enfermer dans une seule solution.
Exemple : «Comment mieux dormir ?» Si l’IA propose plusieurs pistes (rythme régulier, réduction des écrans, activité physique, caféine, consultation si ronflements et fatigue), vous choisissez ce qui vous correspond, au lieu d’appliquer un conseil unique.

Règle d’or n°5 : Demandez ce qui pourrait contredire la réponse
Question simple, très puissante : «Qu’est-ce qui pourrait prouver que c’est faux ?» Une IA utile doit reconnaître ses limites et ses incertitudes.
Exemple : «Ce message viral est-il vrai ?» Si l’IA dit «probablement faux», demandez: «Qu’est-ce qui prouverait que c’est vrai ?» Elle doit citer des critères sérieux : communiqué officiel, confirmation par plusieurs médias crédibles, source traçable, date claire. Sans contradiction possible, la crédulité s’installe.

Règle d’or n°6 : Ne déléguez jamais la responsabilité
L’IA peut aider à comprendre, résumer, rédiger, comparer. Mais elle ne doit pas décider à votre place lorsqu’il y a un risque humain : santé, argent, justice, réputation, conflits.
Exemple : «Dois-je signer ce contrat ?» L’IA peut expliquer des clauses, repérer des zones floues, proposer des questions à poser. Mais la décision doit rester la vôtre – parfois avec l’avis d’un professionnel – car si cela tourne mal, l’IA n’assume rien. Vous, si.

Règle d’or n°7 : Ralentissez avant de partager
Le plus grand danger aujourd’hui n’est pas seulement l’erreur : c’est sa diffusion instantanée. Une info fausse, mais bien formulée, peut circuler très vite.
Exemple : Un message alarmiste annonce une «urgence», une «nouvelle loi», un «danger» et vous pousse à transférer. Avant de partager, faites deux gestes : (1) chercher une confirmation fiable ; (2) vous demander: «Si c’est faux, quel mal cela peut faire?» Ce petit frein protège tout le monde.
Les 7 règles d’or en bref
1. Une réponse n’est pas une preuve
2. Demandez les sources et vérifiez-en au moins une
3. Replacez la réponse dans votre contexte
4. Demandez deux autres options (quand c’est possible)
5. Demandez ce qui pourrait contredire la réponse
6. Ne déléguez jamais la responsabilité
7. Ralentissez avant de partager
Ces règles ne demandent ni diplôme en informatique, ni connaissances techniques. Elles demandent seulement une habitude : ne pas confondre vitesse et vérité. L’IA est un outil puissant, mais elle devient problématique quand on lui donne un statut qu’elle n’a pas : celui d’un juge, d’un expert infaillible, ou d’une autorité morale.
La meilleure approche n’est ni la peur, ni la naïveté : c’est le discernement. Utilisez l’IA pour vous aider à comprendre et à comparer, mais gardez toujours la décision, la responsabilité et la prudence du côté humain. C’est ainsi que l’IA peut devenir une force utile pour la société : non pas en remplaçant notre jugement, mais en l’éclairant.

Conclusion
À mesure que l’IA s’installe dans nos vies, une chose devient essentielle : apprendre à s’en servir avec maturité. Les sept règles d’or ne sont pas des interdictions, mais des réflexes de bon sens. Elles protègent le lecteur contre les erreurs les plus fréquentes : croire trop vite, partager trop vite, décider trop vite. En les appliquant, l’IA cesse d’être une «autorité» et redevient un outil au service de l’humain.
À retenir : Avec méthode, l’IA devient un outil précieux. Sans méthode, elle donne l’illusion de savoir… et peut coûter très cher.

 

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