Enjeu
Ces élections municipales ont été une occasion pour vérifier si le Rassemblement National avait réussi son installation dans le terroir français et si sur le plan local, la dynamique qui porte ses idées sur le plan national avait une traduction.

 

A quinze mois de la présidentielle française, les élections municipales qui ont vu une grande fragmentation de la scène politique étaient vécues comme un test grandeur nature des capacités des différents partis politiques à se mobiliser pour la course à l’Elysée. Les médias n’avaient pas du tout tort de faire un grand focus sur la ville du Havre dans laquelle l’ancien Premier ministre Edouard Phillipe cherchait sa réélection. Pour lui comme pour l’ensemble de la droite, c’était une vraie épreuve.
Si Édouard Phillipe avait perdu cette bataille, il n’aurait aucune légitimité à prétendre porter les couleurs de la droite à cette course vers la présidentielle. Le fait qu’il soit largement réélu lui autorise toutes les ambitions. Ce cas individuel à lui seul insuffle un parfum de présidentielle à cette recomposition municipale.
Mais les enjeux ne s’arrêtent pas aux destins individuels. Il s’agit en fait de vérifier l’impact des capacités d’alliances des uns et des autres pour imaginer une stratégie de conquête efficace pour trois forces majeures. L’extrême droite, l’extrême gauche et le centre dit républicain.
D’abord l’extrême droite. Il est vrai que ce ne sont pas ces élections municipales qui vont déterminer l’identité de son candidat à la présidentielle, mais plutôt la justice. En juillet prochain, c’est la justice qui va en en fin de compte dire qui de Marine Le Pen ou de Jordan Bardella va représenter le Rassemblement National dans la prochaine présidentielle. Si Marine Le Pen est condamnée à une peine d’inéligibilité, elle devra céder sa place à Jordan Bardella. Mais ces élections municipales ont été une occasion pour vérifier si le Rassemblement National avait réussi son installation dans le terroir français et si sur le plan local, la dynamique qui porte ses idées sur le plan national avait une traduction. Les résultats sont quelque peu mitigés. Le RN a réussi quelques conquêtes mais aussi des ratages qui assombrissent ses performances. Jordan Bardella ne peut prétendre à cette vague RN qui soufflerait sur la France profonde et qui le porterait inévitablement vers l’Elysée.
Dans ces municipales, il y avait aussi un grand test pour la gauche. Aujourd’hui confrontée à la nécessité de fabriquer des alliances solides entre la gauche radicale incarnée par la France insoumise et la gauche dite de gouvernement composée du Parti socialiste, des Verts et des Communistes, ces alliances n’étaient pas évidentes à construire. Cette gauche a donné un spectacle sombre et contradictoire à son audience. Sur le plan national, ses chefs refusent toute alliance avec la France insoumise sous prétexte qu’elle s’est diabolisée par ses excès, sur le plan local, des rapprochements et des alliances ont été réalisées, parfois aboutissant à des victoires, parfois à des défaites.
Dans cette perspective, la grande leçon à gauche est son incapacité à s’unir pour constituer une force incontournable. Cette incapacité aura forcément un impact sur la nature du leadership destiné à la représenter dans la prochaine course présidentielle. L’enjeu ici est limpide. Sans la France insoumise, aucun candidat de gauche ne peut rêver d’une victoire à la présidentielle. Et sans l’apport de la gauche traditionnelle, aucun candidat de la France insoumise ne peut espérer la moindre performance.
Le troisième bloc qui a été testé sur ces municipales est celui de la droite traditionnelle qui englobe aussi bien les républicains, le centre, Horizons, Renaissance d’Emmanuel Macron. Malgré la défaite de leur candidate iconique à Paris Rachida Dati, ce bloc a de quoi se réjouir quant aux résultats réalisés. Les républicains ont conforté leur présence dans le territoire municipal. Renaissance a gagné de nombreux élus municipaux qui lui faisaient tant défaut. Ce bloc est sorti de ce scrutin avec le constat qu’il n’a été écrasé ni par une extrême droite conquérante ni par une extrême gauche qui se voulait dominante. Bien au contraire, les résultats dans leur ensemble de ces élections municipales ont permis à ce bloc de la droite et du centre, le seul capable de réaliser une homogénéité entre ces composantes, de rêver de réaliser un résultat positif dans la prochaine présidentielle. Tout l’enjeu pour cette droite est de se mettre d’accord sur une personnalité capable d’unifier ses espoirs. Deux noms se sont déjà déclarés, Bruno Retailleau de manière officielle et Édouard Phillipe de manière officieuse.

 

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