Retenue
Les pays dun Golfe ont un intérêt stratégique à ce que le régime iranien soit démantelé. Mais ils n’ont pas intérêt à ce qu’un pays comme Israël dirigé par un doctrinaire d’extrême droite comme Benjamin Nethanyahou puisse avoir les mains libres pour exercer ses lubies de domination.

Alors que Donald Trump et Benjamin Nethanyahou semblent se diriger vers une inévitable escalade dans leur guerre contre l’Iran à travers l’éventuel lancement d’une opération terrestre, deux grands blocs politiques, l’Union européenne et le Conseil de coopération du Golfe, surveillent cette situation comme le lait sur le feu. Au grand dam des Américains qui ne comprennent pas cette double prise de distance.
Alors que cette guerre faisait rage et que le régime iranien opposait une résistante inattendue, Donald Trump avait demandé aux Européens un engagement effectif dans cette guerre au nom de la traditionnelle alliance entre le Vieux Continent et l’Amérique. La réponse fut politiquement cinglante. Exprimée par la France et l’Allemagne, la position européenne est un refus net de participer à cette guerre. Avec cet argument massue : Nous n’avons été ni informés ni consultés et cette guerre n’est pas la nôtre. Il est donc hors de question d’entreprendre la moindre action offensive.
La posture de certains pays européens comme la France est restée sur le plan défensif. Défendre leurs intérêts et leurs alliés dans le Golfe avec qui elle avait signé des accords d’assistance militaire. L’arsenal français dans cette région a été mobilisé principalement sur cette mission et le refus de s’engager davantage a provoqué d’énormes grincements de dents à Washington. D’ailleurs Donald Trump ne rate aucune occasion de moquer ouvertement de Emmanuel Macron.
Il est vrai que l’approche française n’est pas allée jusqu’à dénoncer cette guerre comme une violation du droit international comme l’avait fait l’Espagne de Pedro Sanchez ni interdire l’accès de ses bases militaires aux avions américains. Paris a toutefois lancé l’idée de la formation d’une coalition internationale pour sécuriser le trafic maritime dans le détroit d’Hormuz. Mais cette initiative a été conditionnée à deux facteurs. Le premier est d’attendre que les hostilités baissent dans la région, à travers un cessez-le-feu. Le second est d’avoir une couverture légale à travers une résolution des Nations Unies. Les deux conditions n’ayant pas encore été réunies, l’initiative française ressemble plus à de l’agitation diplomatique qu’à un projet immédiatement réalisable.
L’autre bloc impacté de plein fouet par cette guerre est celui des pays du Golfe. Les Iraniens ont attaqué aussi bien les bases militaires américaines qui s’y trouvent que des intérêts directs de ce pays. Ces attaques ont confirmé la doctrine de ces pays du Golfe qui ont toujours perçu l’Iran comme un danger mortel pour leur sécurité. Aujourd’hui avec ce ciblage iranien, ces pays confirment cette angoisse existentielle et doivent penser à une solution à long terme qui les protège contre des menaces iraniennes.
Donald Trump a tenté de les embarquer dans cette confrontation militaire avec l’Iran. Sans succès pour le moment. Ces pays craignent de subir une destruction massive de leurs villes à proximité de tirs des missiles iraniens et refusent dans leur majorité d’accomplir les desseins israéliens dans la région. Ils ont un intérêt stratégique à ce que le régime iranien soit démantelé. Mais ils n’ont pas intérêt à ce qu’un pays comme Israël dirigé par un doctrinaire d’extrême droite comme Benjamin Nethanyahou puisse avoir les mains libres pour exercer ses lubies de domination.
Cette retenue des pays du Golfe est sans doute provisoire. Nombreux sont ceux qui parient sur le fait que si cette guerre s’installe dans la durée, ces pays du Golfe, notamment l’Arabie Saoudite et les Emirats arabes unis, ne pourront pas rester les bras croisés face à la menace iranienne.
Quelle que soit l’issue de cette guerre, elle aura un impact certain sur les relations de confiance entre l’Amérique de Donald Trump et l’Union européenne ainsi que les pays du Golfe. Donald Trump avait menacé de sanctionner les Européens pour avoir failli, selon sa vison, à leurs devoirs de solidarité. Il pourrait agir de même à l’encontre de l’alliance atlantique (OTAN) pour avoir refusé d’adopter cette guerre. Il avait par le passé menacé de se retirer de cette alliance avec l’accusation qu’elle ne servait plus à rien.
Les pays du Golfe quant à eux seront dans une obligation inévitable de revoir leurs alliances militaires. Resteront-ils exclusivement sous parapluie américain ? Ou vont-ils être contraints de diversifier leurs alliances militaires comme ils avaient déjà diversifié leurs partenariats économiques ?

 

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