Lourdes peines
À El Jadida, une série de vols apparemment banals a révélé l’existence d’une bande de femmes discrète et méthodique. Derrière des clientes sans histoire, une organisation bien rodée ciblait des produits précis, jusqu’au jour où une intervention imprévue a fait vaciller ce mécanisme parfaitement huilé.
Le verdict est tombé, il y a quelques jours, dans une salle d’audience où le silence pesait autant que les faits reprochés. Deux femmes, l’une âgée de soixante-dix ans, l’autre de cinquante-trois, se tenaient côte à côte face aux trois magistrats de la chambre criminelle de première instance près la Cour d’appel d’El Jadida. Leur apparence banale contrastait avec la gravité des accusations. Après les débats qui ont duré plus de deux heures, la décision était prononcée en condamnant chacune d’elles à cinq ans de réclusion criminelle. Une condamnation lourde, à la mesure d’un parcours criminel qui, au fil des semaines, avait fini par dessiner les contours d’un réseau bien rodé. Car derrière ces deux silhouettes se cachait une mécanique plus vaste. Les enquêteurs de la brigade touristique relevant de la sûreté provinciale de la capitale de la région de Doukkala avaient rapidement compris qu’elles n’agissaient pas seules. Une troisième femme, toujours en fuite, avait été identifiée comme la pièce maîtresse du dispositif. C’est elle qui conduisait la voiture à bord de laquelle elles circulaient, qui organisait et anticipait. Une quatrième, restée dans l’ombre, n’est pas encore identifiée, complétait cette bande de femmes.
En effet, tout a commencé par une série de plaintes, déposées presque à intervalles réguliers par des commerçants d’El Jadida. Au quartier Al Ghazoua, un commerçant revoit encore les images captées par sa vidéosurveillance qui montrent deux clientes ordinaires, ni pressées ni nerveuses, déambulant entre les rayons avant de disparaître, laissant derrière elles des étagères allégées de produits bien spécifiques. Elles ciblaient les boîtes de thon grand format, du fromage rouge, parfois des parfums ou des vêtements ; des marchandises choisies pour leur valeur et leur facilité d’écoulement. Les mêmes femmes qui parcouraient El Jadida et d’autres villes, qui fréquentaient plusieurs commerces, mais qui ne changeaient jamais le mode opératoire. Les deux femmes entraient dans les magasins avec calme et prenaient le temps de repérer les produits ciblés, puis les dissimulaient sous leurs vêtements amples. À l’extérieur, une voiture était déjà prête et une complice les attendait. La fuite devait être rapide, discrète et sans accroc. Mais lundi 16 février 2026, à Hay Salam, quelque chose a dérapé. Après avoir subtilisé leur butin, les deux femmes se sont accrochées avec le propriétaire du magasin. Le ton est monté, l’échange s’est envenimé et la situation a basculé. Le commerçant qui les a vues voler sa marchandise a tenté de bloquer leur fuite et il est parvenu à entraver le véhicule qui les attendait. Pendant quelques secondes, tout semblait pouvoir s’arrêter là. Mais les trois femmes ont réussi à s’échapper. Aussitôt, l’alerte a été donnée. Cette fois, les policiers de la brigade touristique ont réagi rapidement. Les recherches ont convergé vers la gare routière. C’est là que les deux jeunes femmes ont finalement été interpellées alors qu’elles s’apprêtaient à quitter la ville en taxi. La troisième femme, elle, a déjà disparu. Placées en garde à vue, les deux prévenues ont fini par avouer.


