Scandale
Dans un douar reculé de la région de Béni Mellal-Khénifra, une jeune femme souffrant d’un handicap mental a subi, pendant huit ans, des violences sexuelles dans l’indifférence et le silence. Après la naissance de deux enfants et un procès, la justice vient de condamner quatre hommes.

Le silence pesait lourd, ce mardi 12 mai, dans la salle d’audience lorsque le président de la chambre criminelle de première instance près la Cour d’appel de Béni Mellal venait d’ouvrir cette affaire concernant le viol d’une jeune femme souffrant d’un handicap mental. Au box des accusés, quatre jeunes hommes qui ont profité de la faiblesse des facultés mentales de cette jeune femme.
En fait, il s’agit d’un drame qui s’est étalé sur plusieurs années dans un petit douar oublié, Bouidmouma, relevant de la commune rurale d’Aghbala, au cœur de la région Béni Mellal-Khénifra. Une histoire où la misère, l’isolement et le handicap ont laissé une jeune femme livrée à toutes les violences.

Lorsque l’affaire a éclaté à la fin de l’année 2025, la victime était déjà enceinte de sept mois. Son ventre apparent révélait ce que personne n’avait réellement voulu voir. Dans son entourage, certains parlaient d’un secret découvert trop tard. D’autres évoquaient surtout l’incapacité de la jeune femme à exprimer sa souffrance ou à expliquer ce qu’elle subissait depuis des années. Alertés par des militants associatifs et des acteurs des droits humains, les enquêteurs de la gendarmerie royale sont intervenus. Sur instruction directe du wali de la région, la jeune femme a été conduite vers une maison de maternité afin d’y recevoir les soins nécessaires. Dans le même temps, une enquête judiciaire a été ouverte. Très vite, les investigations ont pris une tournure glaçante. Selon les premiers éléments de l’enquête, la victime a pointé du doigt quatre habitants du douar.

Parmi eux figurait un jeune homme déjà soupçonné d’être lié à une autre affaire remontant à 2018. L’enquête a également révélé que huit ans plus tôt, la jeune femme avait déjà donné naissance à un enfant après une première agression sexuelle. À l’époque, l’affaire avait suscité quelques interrogations avant de sombrer dans l’oubli. L’enquête n’avait jamais permis d’identifier formellement un responsable. Les difficultés à communiquer avec la victime, son incapacité à fournir des déclarations précises et l’absence d’éléments scientifiques avaient conduit à la fermeture du dossier. Le premier enfant grandissait ainsi dans l’ombre lorsque la jeune femme est tombée enceinte une seconde fois.

Devant les trois magistrats de la Cour, les quatre jeunes hommes ont nié avoir abusé sexuellement de la jeune femme. Mais, les déclarations de celle-ci les a mis en cause. En effet, au cours du procès, la question de la filiation biologique des deux enfants est également devenue centrale. A ce propos, la Cour a ordonné une expertise ADN sous la supervision du laboratoire de la police scientifique et technique de Casablanca. L’objectif n’était autre que de déterminer si l’un des accusés était le père biologique du nouveau-né et vérifier également un éventuel lien avec l’aîné, aujourd’hui âgé de sept ans.
Après les débats et les délibérations, la Cour a rendu son verdict en jugeant les quatre jeunes hommes coupables d’avoir violé la jeune femme connue dans son douar pour son incapacité à se défendre et même à comprendre ce qui lui arrivait et a condamné chacun d’eux à cinq ans de réclusion criminelle assortie de dommages et intérêts de vingt mille dirhams à la victime. Mais, derrière ces condamnations prononcées demeure une question : comment une jeune femme aussi vulnérable a-t-elle pu subir deux grossesses successives avant que son calvaire ne soit véritablement entendu ?

 

Leave a Reply

Deine E-Mail-Adresse wird nicht veröffentlicht. Erforderliche Felder sind mit * markiert