Vengeance
Dans l’obscurité des premières heures du mercredi 20 mai, un jeune homme fraîchement sorti de prison a retrouvé celui qu’il tenait pour responsable de ses malheurs. Sur un parking informel de tricycles de Lahraouiyine relevant de la province de Médiouna, la rancœur accumulée derrière les barreaux s’est transformée en meurtre.
Il faisait encore nuit dans la région de Lahraouiyine située au sud-est de Casablanca quand la violence a éclaté, brutale et sans préambule. Dans le silence pesant des premières heures du mercredi matin, 20 mai, un jeune homme vient de tuer au couteau son rival. Cela fait peu de temps qu’il a franchi les portes de la prison. Il y a passé de longs mois à ruminer sa vengeance. Car c’est à cause de son ancien ami que tout a basculé, du moins le croyait-il. Un différend qui a fini par prendre dans son esprit les proportions d’une dette de sang, une obsession qui a grandi dans l’ombre des cellules.
Ce soir-là, le hasard l’a conduit jusqu’à une station informelle de tricycles, ces véhicules qui assurent en catimini le transport des habitants. Et là, il l’a vu. Son ami. Celui qu’il n’a pas cessé de haïr. Il n’y a eu ni parole ni avertissement. Seulement deux coups de lame portés avec une précision froide : l’un à la tête, l’autre à la cuisse. L’homme s’est effondré sur le sol, le sang s’est répandu autour de lui. Ce qui s’est passé ensuite a été peut-être le plus glaçant. L’agresseur n’a pas pris la fuite. Il est resté là, à tourner autour de sa victime agonisante, le torse gonflé d’une fierté morbide, comme s’il savourait l’aboutissement d’une longue attente. Ce sont des passants, saisis d’horreur, qui ont brisé ce sinistre tableau en appelant les gendarmes qui sont arrivés sur le champ. L’ambulance est arrivée ensuite et a conduit la victime vers les urgences de l’hôpital régional de Médiouna. Mais le corps avait trop souffert. La victime est morte sur la table de soins, emportant avec elle une histoire d’amitié fracassée. Pendant ce temps, les enquêteurs de la gendarmerie royale se sont mis en mouvement. Deux équipes ont été déployées simultanément : l’une à l’hôpital pour constater le décès, l’autre dans les rues pour recueillir les témoignages et identifier le fugitif. La traque a été rapide. Une information est tombée : le suspect s’est réfugié dans un terrain vague connu communément sous le nom de Dayat Douayba. Les gendarmes ont bouclé la zone et ont ratissé les broussailles. Dans l’obscurité, ils l’ont trouvé. Moins de trois heures s’étaient écoulées depuis le premier coup de couteau pour l’arrêter enfin. Placé en garde à vue, le jeune homme n’a pas nié. Il a avoué qu’il a agi par vengeance.


