IA, vidéosurveillance, rail… L’ONCF prépare un dispositif d’envergure à l’horizon 2030

Schéma directeur 
L’ONCF entend poser les bases d’un système national de sûreté ferroviaire plus intégré, intelligent et résilient, capable d’accompagner l’extension du réseau et la hausse du trafic tout en répondant aux exigences de sécurité liées à la transformation du secteur ferroviaire à l’horizon 2030.

L’Office national des chemins de fer (ONCF) s’attelle actuellement à l’élaboration d’un schéma directeur national de vidéosurveillance, d’intelligence artificielle (IA) et d’hypervision à l’horizon 2030. Ce projet d’envergure couvre l’ensemble de l’écosystème ferroviaire national, des infrastructures et gares aux technicentres et bases de maintenance, en passant par les sites sensibles, le matériel roulant ainsi que les systèmes de sûreté et les infrastructures numériques associées. Cette démarche s’inscrit dans le cadre de la stratégie CAP 2030 de l’ONCF, qui vise notamment à accompagner l’extension et la modernisation du réseau ferroviaire, à renforcer la protection des voyageurs, des infrastructures et du patrimoine ferroviaire, mais également à répondre à l’évolution des enjeux technologiques, opérationnels et sécuritaires.

La transformation intervient dans un contexte marqué par plusieurs chantiers structurants, notamment le développement de la Ligne à Grande Vitesse (LGV) Kénitra-Marrakech, la mise en place du Réseau Express Régional (RER), la modernisation et la création de nouvelles gares, le développement de technicentres et de bases de maintenance, ainsi que le renouvellement progressif du matériel roulant. À ces évolutions s’ajoutent la croissance continue du trafic voyageurs, la préparation de grands rendez-vous internationaux, notamment la Coupe du monde 2030, ainsi que l’évolution des menaces susceptibles d’affecter les infrastructures critiques. Parallèlement, l’émergence de solutions d’intelligence artificielle ouvre de nouvelles perspectives en matière de détection, d’analyse et de prévention des incidents.
Dans ce cadre, la direction Sûreté de l’ONCF a engagé plusieurs projets destinés à renforcer les capacités de surveillance, de détection, d’analyse et de gestion des incidents, avec l’ambition de faire évoluer progressivement le dispositif actuel vers une architecture plus intégrée, intelligente et centralisée.

Cinq axes stratégiques
Afin d’atteindre ses objectifs, l’Office a fixé cinq axes prioritaires. Le premier axe porte sur le renforcement de la couverture de sûreté. L’ONCF prévoit d’étendre progressivement les dispositifs de vidéosurveillance à l’ensemble des infrastructures stratégiques, notamment les Lignes à grande vitesse, le réseau classique, le RER, les grandes et moyennes gares, les technicentres, les bases de maintenance, les sites techniques, les ouvrages d’art et le matériel roulant. Le deuxième axe concerne le déploiement progressif de l’intelligence artificielle. L’objectif est d’exploiter les capacités de l’IA pour améliorer la détection des intrusions et des objets abandonnés, l’analyse comportementale, le comptage des voyageurs et la gestion des flux. Ces technologies devront également contribuer à la détection des incidents, à l’analyse prédictive et à l’aide à la décision. Le troisième levier concerne la mise en place d’une hypervision nationale. L’ONCF ambitionne de disposer d’une plateforme centralisée capable d’assurer la supervision des différents dispositifs, la corrélation des événements, la gestion des alertes et des situations de crise, ainsi que le pilotage de la performance. Cette plateforme devra également permettre l’exploitation des données issues des solutions d’intelligence artificielle.

Le quatrième axe repose sur la convergence des systèmes de sûreté. Il s’agit de favoriser l’interopérabilité entre les différents dispositifs actuellement déployés, notamment la vidéosurveillance, le contrôle d’accès, les systèmes de détection d’intrusion, les solutions EMS et CAD, la vidéosurveillance embarquée, les plateformes d’hypervision et les différentes solutions de sûreté et d’intelligence artificielle. Le cinquième axe concerne la gouvernance des données et la conformité réglementaire. L’ONCF prend en compte la conformité aux exigences réglementaires, notamment celles de la CNDP, garantir la protection des données personnelles, maîtriser leur cycle de vie et assurer la traçabilité des traitements. L’encadrement de l’utilisation de l’IA et la conservation sécurisée des preuves numériques figurent également parmi les priorités.

Défis à surmonter
La mise en œuvre de cette transformation devra toutefois tenir compte de plusieurs contraintes identifiées par la Direction sûreté et la Direction des systèmes d’information et du digital (DSID). Sur le plan réseau, l’hétérogénéité des infrastructures WAN, la redondance encore partielle de certaines liaisons et les contraintes de bande passante pourraient limiter la montée en charge des flux vidéo. La prévention des risques de saturation et le renforcement de la résilience des infrastructures constituent ainsi des enjeux majeurs. Le stockage des données représente également un défi important, compte tenu de la croissance attendue des volumes vidéo. L’ONCF devra renforcer significativement ses capacités de stockage tout en assurant la gestion des métadonnées générées par l’IA et la conservation des données sur des périodes parfois longues.

Les capacités de calcul nécessaires à l’intelligence artificielle constituent un autre enjeu. Le déploiement de solutions IA à grande échelle nécessitera notamment des capacités GPU importantes ainsi qu’une architecture combinant des ressources Edge et centralisées. Une stratégie consolidée de calcul IA et un dimensionnement adapté aux besoins futurs devront également être définis. Sur le plan organisationnel, la multiplicité des systèmes, les approches historiquement fragmentées et l’absence d’une architecture cible consolidée constituent autant de points de vigilance. La définition d’une stratégie globale de sourcing et la clarification de la gouvernance entre les différents acteurs seront nécessaires pour assurer la cohérence du dispositif national. À ces défis techniques et organisationnels s’ajoutent enfin les enjeux réglementaires, notamment en matière de conformité aux exigences de la CNDP, de protection des données personnelles, d’encadrement de l’exploitation de l’intelligence artificielle, de conservation des données et de traçabilité des accès.

 

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