Energie
Nous voulons être différents de ce que nous sommes, ressentir autre chose que ce qui est présent. Or, le yoga nous enseigne que ce à quoi nous résistons persiste.
Dans notre monde moderne, la résistance est souvent valorisée. Résister à la fatigue, au stress, aux émotions, au temps qui passe. Résister pour tenir, pour avancer, pour ne pas flancher. Pourtant, dans la tradition du yoga, une autre voie est proposée : celle de la non-résistance. Non pas comme une faiblesse ou un renoncement, mais comme une intelligence profonde du corps, du mental et de la vie.
La non-résistance est un principe fondamental du yoga, parfois mal compris. Elle ne signifie ni passivité ni résignation, mais un choix conscient de ne pas lutter contre ce qui est, afin de transformer notre relation à l’effort, à la souffrance et au changement.
Comprendre la non-résistance dans la philosophie du yoga
Dans les textes fondateurs du yoga, notamment les Yoga Sutra de Patanjali, la souffrance (duḥkha) naît principalement de l’ignorance et de la résistance : résistance au changement, au mouvement naturel de la vie, à l’impermanence.
Le mental, par habitude, cherche à contrôler :
• contrôler le corps,
• contrôler les émotions,
• contrôler les résultats.
Or, cette tentative permanente de contrôle crée une tension intérieure. La non-résistance consiste à cesser de s’opposer inutilement, à reconnaître la réalité telle qu’elle est, ici et maintenant.
Patanjali parle de vairagya : le non-attachement. Ce principe est étroitement lié à la non-résistance. Lorsque nous cessons de nous accrocher à ce que nous voulons que la réalité soit, nous permettons à l’énergie de circuler plus librement.
Non-résistance et corps :
Ecouter plutôt que forcer
Dans la pratique des asanas, la non-résistance est essentielle. Beaucoup de pratiquants entrent dans les postures avec une intention inconsciente de conquête : aller plus loin, plus bas, plus fort, plus vite.
Le yoga, au contraire, invite à habiter la posture plutôt qu’à la dominer.
Résister au corps se manifeste par :
• des tensions inutiles,
• une respiration bloquée,
• une recherche esthétique au détriment de la sensation,
• parfois des blessures.
La non-résistance, dans le corps, c’est :
• respecter les limites du jour,
• accepter les asymétries,
• ajuster avec intelligence,
• utiliser les supports sans ego.
Dans cette approche, le corps devient un partenaire, non un obstacle. Il nous enseigne la patience, l’humilité et l’écoute.
Le souffle, clé de la non-résistance
Le souffle est le lien le plus direct entre le corps et le mental. Lorsque nous résistons à une situation, le souffle se raccourcit, se bloque ou devient irrégulier. À l’inverse, lorsque nous laissons le souffle circuler librement, une détente naturelle s’installe.
Les pratiques de pranayama enseignent précisément cela : ne pas forcer la respiration, mais l’observer, l’affiner, l’accompagner.
Dans le yoga, on n’impose pas le souffle, on le cultive. La non-résistance au souffle permet:
• une meilleure oxygénation,
• une régulation du système nerveux,
• un apaisement du mental.
Respirer sans résistance, c’est accepter le rythme de la vie tel qu’il se présente.
Non-résistance et mental : Sortir du combat intérieur
Le mental est le lieu où la résistance est la plus forte. Nous résistons à nos pensées, à nos émotions, à nos peurs, à nos fragilités. Nous voulons être différents de ce que nous sommes, ressentir autre chose que ce qui est présent. Or, le yoga nous enseigne que ce à quoi nous résistons persiste.
La non-résistance mentale ne consiste pas à supprimer les pensées, mais à ne plus s’y opposer. En méditation, on apprend à observer sans juger. Cette observation crée un espace de liberté.
Lorsque le mental cesse de lutter :
• les émotions se traversent plus facilement,
• la clarté apparaît,
• la fatigue mentale diminue.
La non-résistance devient alors un acte de courage : celui de regarder ce qui est, sans fuite.
Ahimsa : La non-violence comme fondement
La non-résistance est intimement liée à Ahimsa, le premier des Yamas (principes éthiques du yoga). Ahimsa signifie non-violence, envers les autres, mais surtout envers soi-même.
Se forcer, se juger, se comparer, se nier, sont des formes de violence intérieure. La non-résistance est une expression concrète d’Ahimsa dans la pratique quotidienne.
Pratiquer avec non-résistance, c’est :
• ne pas se battre contre ses limites,
• ne pas se dévaloriser,
• cultiver une relation bienveillante avec soi.
Non-résistance et vieillissement : Une sagesse du temps
Avec l’âge, la résistance devient souvent plus douloureuse. Résister au corps qui change, à la mobilité qui évolue, à l’énergie qui fluctue, crée frustration et souffrance.
Le yoga propose une autre voie : accompagner le mouvement de la vie. La non-résistance permet d’adapter la pratique, de préserver la mobilité, de nourrir la vitalité sans violence.
C’est une approche particulièrement précieuse pour :
• les seniors,
• les personnes en convalescence,
• celles vivant avec des contraintes physiques.
La non-résistance devient alors une sagesse incarnée.
Non-résistance ne signifie pas abandon
Il est important de clarifier un point essentiel: la non-résistance n’est pas une fuite, ni un laisser-aller. Elle demande au contraire une grande présence.
Dans une posture, ne pas résister ne veut pas dire s’effondrer, mais s’engager sans crispation. Dans la vie, ne pas résister ne signifie pas accepter l’inacceptable, mais choisir la réponse juste plutôt que la réaction.
La non-résistance est active, consciente, ancrée.
Intégrer la non-résistance dans la vie quotidienne
Le yoga ne s’arrête pas au tapis. La non-résistance peut devenir un véritable art de vivre.
Elle se manifeste lorsque :
• nous acceptons un imprévu sans nous raidir,
• nous écoutons une émotion sans la rejeter,
• nous faisons une pause au lieu de forcer,
• nous changeons de direction sans culpabilité.
Avec le temps, cette attitude transforme notre rapport au stress, aux relations, au travail.
La non-résistance comme chemin de liberté
En cessant de lutter contre ce qui est, nous libérons une immense quantité d’énergie. Cette énergie peut alors être utilisée pour créer, aimer, comprendre et évoluer.
Le yoga nous rappelle que la paix intérieure ne se conquiert pas par la force, mais par l’alignement. La non-résistance est l’une des expressions les plus subtiles de cet alignement.
C’est une pratique silencieuse, profonde, accessible à chacun, quel que soit l’âge ou le niveau. Une invitation à vivre avec plus de justesse, de douceur et de conscience.
Par Mounia Hammouda
Professeure de Yoga | Méditation Zazen Thérapeute Yoga Hormonal & Coach de Vie
Fondatrice Studio Shido Mind YOGA.



