Education, santé, marché de l’emploi, prise de décision et défis encore persistants à relever
Analyse : Le Haut-Commissariat au Plan (HCP) a publié une note d’information à l’occasion de la Journée internationale des femmes qui présente la situation de la femme dans différents domaines, notamment l’éducation, la santé, le marché de l’emploi, la prise de décision et les défis encore persistants à relever.
A l’occasion de la Journée internationale des femmes, le Haut-Commissariat au Plan (HCP) a publié une note d’information qui dresse les progrès enregistrés par le Maroc en matière de renforcement de son arsenal juridique et institutionnel relatif à la promotion des droits des femmes et des filles et présente la situation de l’effectivité de ces droits, permettant de souligner les acquis à consolider et les défis encore persistants à relever. Sur le plan démographique, avec un effectif de 18,3 millions, les femmes représentent la moitié (50,1%) de la population marocaine. A noter que 63,6% d’entre elles résident en milieu urbain contre 36,4% en milieu rural. 33,6% des femmes sont âgées de moins de 18 ans et 55,3% sont âgées entre 18 et 59 ans. La proportion des femmes âgées de 60 ans et plus s’élève à 14,1%. Le HCP fait remarquer que les femmes assument de plus en plus la responsabilité de cheffes de ménage. En 2024, presque un ménage sur cinq (19,2%) au niveau national est dirigé par une femme contre 16,3% en 2004. Cette proportion est 21,6% en milieu urbain contre 14,5% en milieu rural. L’accès des ménages dirigés par des femmes à un niveau de vie suffisant a connu une amélioration notable, illustré par un recul important du taux de pauvreté monétaire parmi ces ménages, de 10% en 2001 à 1% en 2019. Cependant, ce taux de pauvreté a augmenté en 2022, sous les effets conjugués de la sécheresse et de l’inflation, à 2,5% au niveau national (2% en milieu urbain et 4,2% en milieu rural), ce qui implique la nécessité du renforcement de la résilience des femmes face aux chocs économiques à travers la consolidation de leurs droits, notamment à l’emploi et à la protection sociale. L’incapacité financière chez les femmes constitue la cause principale de leur renoncement aux soins de santé dont elles ont besoin.
Santé : Des avancées mais les inégalités structurelles persistent
S’agissant du droit à la santé, des avancées importantes ont été enregistrées mais des inégalités structurelles persistent. L’effectivité du droit à la santé des femmes et des filles a enregistré des progrès substantiels, traduits par l’amélioration de plusieurs indicateurs de la santé maternelle. L’espérance de vie des femmes atteint 79 ans en 2024. Le ratio de mortalité maternelle a chuté de 35% entre 2010 et 2018 (passant de 112 à 72,6 pour 100.000 naissances vivantes). Le taux d’assistance qualifiée à l’accouchement s’élève à 86,6% et celui du suivi prénatal à 88,5%. La couverture médicale de base pour les femmes s’est élargie pour atteindre un taux de plus de 70% en 2024. Malgré ces progrès globaux, les inégalités structurelles persistent dont les déterminants sont, entre autres, le niveau d’éducation, le milieu de résidence et la capacité financière chez les femmes. Selon le niveau éducatif, le taux d’accouchement en milieu surveillé varie de 80% pour les mères sans instruction à 99,8% pour celles ayant un niveau secondaire ou plus. Par milieu de résidence, le ratio de mortalité maternelle en milieu rural fait plus que le double de son niveau en milieu urbain (111,1 pour 100.000 naissances vivantes contre 44,6 respectivement. L’accès des femmes à l’assistance médicale pendant l’accouchement ne dépasse pas 55% des accouchements en zone rurale contre 92% en milieu urbain.
La durée moyenne de scolarisation pour les femmes de 25 ans et plus n’est que 5,2 années
Les réformes du système éducatif et les programmes de soutien scolaire en faveur des couches sociales vulnérables ont accéléré les progrès vers la généralisation de l’accès des filles à l’éducation. en 2025, le taux de scolarisation des filles âgées de 4 à 5 ans s’est établi à 71,1%, mais avec une performance supérieure de presque 10 points de pourcentage en milieu rural (76,4%) qu’en milieu urbain (67,4%). Le taux de scolarisation des filles âgées de 6-16 ans a atteint 96,4% (93% en milieu rural et 98,8% en milieu urbain). La durée moyenne de scolarisation pour les femmes âgées de 25 ans et plus s’établit à 5,2 années au niveau national. Une performance qui reste modeste et entachée, de disparités territoriales importantes puisqu’elle chute à 2,1 années pour les femmes rurales contre 6,9 années pour les femmes citadines. Selon le HCP, l’amélioration de la durée moyenne de scolarisation passe nécessairement par la promotion de l’accès des filles à l’enseignement où les déficits sont encore lourds, notamment à l’enseignement supérieur pour les filles de 18- 22 ans où le taux de scolarisation ne dépasse pas 53,1% en 2024.
Une faible participation des femmes au marché d’emploi
En 2025, le taux d’activité des femmes est limité à 19% au niveau national et chute à 12,8% dans la région de Béni-Mellal-Khénifra. Par niveau de diplôme, les résultats de l’enquête nationale sur l’emploi montrent qu’en 2025, le taux d’activité des femmes ayant un diplôme de niveau supérieur s’élève à 45,4%, soit un taux supérieur de plus de trois fois que celui des femmes ayant un niveau moyen (12,8%) ou des femmes n’ayant aucun diplôme (14,4 %). De plus, le taux d’emploi chez les femmes se limite à 15,1% et le taux de chômage grimpe à 20,5% au niveau national. Le HCP précise que les déficits en emploi et en formation des femmes alimentent le stock des jeunes femmes NEET. Si le taux des NEET parmi l’ensemble de jeunes de 15-24 ans a atteint 24,4% en 2024, il s’élève à 35,1% parmi les jeunes femmes. Par ailleurs, l’accès des femmes au foncier agricole reste limité. Les données du HCP montrent que si 22,3 % de la population agricole totale bénéficie de droits fonciers ou de droits sécurisés, les femmes ne représentent que 15 % des détenteurs de ces droits, de même que seulement 6,9% des femmes disposent de droits fonciers contre 36,8% des hommes.
La direction du tissu entrepreneurial faiblement féminisée
La direction du tissu entrepreneurial au Maroc demeure faiblement féminisée. En 2024, seulement 10,1% des entreprises sont dirigées par des femmes au niveau national. Par secteur d’activité, cette proportion culmine dans le secteur des services avec 14,6%, s’élève à 13,4% dans l’industrie et baisse à 7,2% dans le commerce avant de chuter à 0,8 % dans le BTP. Par ailleurs, 91% des établissements dirigés par des femmes sont de petite taille, occupant moins de 4 personnes. S’agissant de l’accès des femmes au corps judiciaire , le HCP relève qu’ en 2024, le taux de féminisation des magistrats a atteint 20,7% pour les magistrats du parquet et 25,5%pour les magistrats de siège.


