Corruption
Découverte fortuite d’un certificat frauduleux, enquête policière élargie et aveux partiels ont conduit à la condamnation de trois agents d’autorité par la chambre criminelle de la Cour d’appel d’El Jadida, dans une affaire mêlant faux en écriture publique et corruption.
Nous sommes le mardi 24 février 2026. La salle d’audience, à la chambre criminelle près la Cour d’appel d’El Jadida, est plongée dans un silence profond lorsque les trois magistrats se retirent pour délibérer sur l’affaire de trois agents d’autorité, Moqadems de leur état, accusés de faux en écriture publique et corruption.
Cette affaire a éclaté, il y a quatre mois, en octobre 2025, après une plainte déposée par le caïd de la quatrième annexe administrative à El Jadida. Par un pur hasard, il a découvert l’existence d’un certificat administratif portant sa signature mais non enregistré dans le registre officiel.
En effet, un jeune homme s’est présenté à cette annexe administrative et a sollicité un certificat de résidence pour compléter un dossier notarial. Face au refus du caïd, ce jeune homme a présenté une copie d’un certificat déjà délivré à une Marocaine résidant à l’étranger. Surpris par ce document signé en son nom, ce responsable administratif a exigé la consultation du registre des certificats délivrés. Après vérification, aucune trace de ce document n’y figurait, confirmant ainsi son caractère frauduleux. Interrogé, l’un des agents d’autorité, un Moqadem, a rapidement reconnu avoir établi ce certificat tout en révélant qu’il l’a effectué avec la complicité de deux collègues travaillant au sein de la même annexe. Avertissant ses responsables, le caïd a reçu le feu vert de prendre la décision convenable, à savoir saisir la justice.
Aussitôt, les éléments de la brigade criminelle relevant du service provincial de la police judiciaire de la ville ont ouvert une enquête soldée par l’arrestation, 27 octobre 2025, des trois Moqadems avant de les placer en garde à vue et les soumettre aux interrogatoires. Cependant, les deux complices ont nié toute implication, affirmant n’avoir aucun lien avec le document falsifié remis à la MRE, lequel avait été utilisé dans une procédure administrative liée à la fiscalité d’un bien immobilier vendu. Les investigations ont ensuite été élargies. Les enquêteurs se sont rendus au siège de l’annexe administrative et à la Direction provinciale des impôts. Ils y ont découvert une vingtaine de certificats de résidence non enregistrés dans les registres officiels, soupçonnés d’avoir été délivrés en contrepartie de pots-de-vin. Les poursuites ont ainsi été engagées pour faux commis par un fonctionnaire public dans l’exercice de ses fonctions et corruption.
Après quatre mois de détention préventive, chacun des trois agents d’autorité a été jugé coupable pour les accusations qui lui ont été attribuées et a été condamné à quatre ans de prison ferme.



