Soutien implicite
Jordan Bardella écrase le match contre n’importe quel candidat de droite comme de gauche avec une telle aisance qu’il est à se demander si cette prochaine présidentielle ne sera en réalité qu’une simple formalité.
Il n’y a pas un seul sondage qui sort aujourd’hui en France et qui ne donne pas en projection sur les prochaines présidentielles françaises la victoire assurée, voire éclatante, de l’extreme droite.
Si les Français votaient aujourd’hui, le locataire de l’Elysée, le successeur d’Emmanuel Macron, serait issu de cette extrême droite. Cette vérité s’impose aujourd’hui dans le débat politique français, amplifiée sans aucun doute par des groupes médiatiques qui se sont déjà mis au service d’un certain agenda politique clairement identifié. Celui d’accueillir l’extrême droite au pouvoir en France.
Aujourd’hui, une des grandes interrogations qui travaille le cénacle français est sur l’identité de ce prochain vainqueur. Marine Le Pen ou Jordan Bardella. Marine Le Pen est embourbée dans un processus judiciaire d’empêchement suite au scandale des assistants parlementaires européens. Elle ne sait pas encore si la glaive de la justice va la priver de cette course présidentielle. L’attente et le suspense sont à leur comble. Dans l’hypothèse fort probable où elle sera empêchée de concourir, le Rassemblement National prépare déjà la candidature de Jordan Bardella. Et sur cette base que les études d’opinion sont menées.
Il est difficile aujourd’hui d’en évaluer la réelle pertinence. Jordan Bardella écrase le match contre n’importe quel candidat de droite comme de gauche avec une telle aisance qu’il est à se demander si cette prochaine présidentielle ne sera en réalité qu’une simple formalité qui va paver le chemin de l’Elysée à l’extrême droite. D’ailleurs, une des révolutions sémantiques à forte connotation politique en cours actuellement en France est la forte tendance à ne plus qualifier le RN de Marine Le Pen et de Jordan Bardella « d’extrême droite » mais plutôt de « droite nationale». Ce qui change complètement le spectre politique et prépare le contexte à des rapprochements et à des ouvertures inédites.
Et c’est à travers cette approche qu’il faut lire la dernière sortie politique de l’ancien président Nicolas Sarkozy qui, après un bref séjour en prison pour des histoires de financement libyen, s’est déclaré disponible à exprimer son opposition à la formation d’un front républicain, la recette politique transitionnelle pour empêcher l’extrême droite d’accéder au pouvoir. La digue républicaine qui se dressait devant le RN est en train d’être fissurée. Ce qui autorise tous les espoirs pour Marine Le Pen et son double alternatif Jordan Bardella.
L’essor de la stratégie politique de l’extrême droite en France comme en Europe est le fruit d’une conjonction d’intérêts entre deux grandes puissances qui ont des enjeux d’influence dans l’espace européen. La Russie et les Etats-Unis d’Amérique. Depuis de longues années, le régime de Vladimir Poutine avait toujours œuvré à travers ses capacités d’influence avérées pour que les partis de l’extrême droite accèdent au pouvoir en Europe. En plus du cousinage politique autoritaire entre ces partis et le régime de Moscou, la Russie a toujours estimé qu’un pays européen dirigé par l’extrême droite montre davantage d’empathie et de compréhension à l’égard de la Russie dans sa guerre contre l’Ukraine et que ces pays menés par cette extrême droite s’aligneraient spontanément sur sa vision des rapports de force en Europe.
L’extrême droite en France vient aussi de bénéficier d’un soutien implicite de l’administration américaine dirigée par Donald Trump. Quand on rappelle que la seule dirigeante européenne qui trouve grâce aux yeux du président américain est la cheffe du gouvernement italienne Georgia Meloni, la tendance américaine en la matière est de voir des Meloni un peu partout dans les capitales d’Europe. Signe annonciateur de quelque chose qui peut préfigurer un tournant majeur, Marine Le Pen et Jordan Bardella ont été reçus par l’ambassadeur américain à Paris Charles Kushner, le père du célèbre Jared Kushner, l’homme au cœur de toutes les négociations internationales. Cette réception inédite avait officiellement pour but de discuter du programme économique du RN avec l’ambassadeur américain. Mais il n’est pas exclu que d’autres sujets, plus sensibles, aient été évoqués. Cela renseigne sur un point essentiel : Washington prend très au sérieux la possible arrivée de l’extrême droite en France au pouvoir et se prépare déjà à se projeter dans cette perspective.
L’extrême droite a le vent en poupe en France. La seule barrière qui peut s’opposer à son accession au pouvoir serait un réveil aussi brusque que massif du front républicain traumatisé par l’hypothèse que les héritiers de Jean-Marie Le Pen puissent devenir demain les maîtres absolus de la France



