Donneurs de leçons : Dans chaque famille, il y a ce grand-oncle qui connaît absolument tout sur tout. Il sait comment on doit manger pendant Ramadan, combien de dattes il faut consommer, quel médicament prendre pour le reflux…
Chaque famille en a au moins un. Parfois deux. Parfois même une petite équipe bien organisée.
Je parle bien sûr de ces personnages attachants que l’on appelle, avec un sourire un peu amusé : les «Madame Je-Sais-Tout» et «Monsieur Je-Sais-Tout».
Le mois de Ramadan est sans doute leur saison préférée.
Pourquoi ? Parce que Ramadan, c’est le moment où l’on se retrouve. Les familles se réunissent plus souvent, les discussions s’allongent autour de la table de l’iftar, les sujets se multiplient : santé, nutrition, religion, sommeil, sport, médecine, politique parfois… et bien sûr les préparatifs de l’Aïd qui approchent.
Autant dire que pour les «Je-Sais-Tout», c’est un terrain d’expression extraordinaire. Dans chaque famille, il y a ce grand-oncle qui connaît absolument tout sur tout. Il sait comment on doit manger pendant Ramadan, combien de dattes il faut consommer, quel médicament prendre pour le reflux, quelle tisane boire pour mieux dormir, et même combien de minutes exactement il faut marcher après l’iftar pour «activer la digestion».
Il a toujours une phrase qui commence par :
– «Non non, je t’explique…»
Et à partir de ce moment-là, vous savez que la conférence commence.
À côté de lui, il y a parfois la cousine spécialiste de nutrition. Elle n’est pas nutritionniste, mais elle a lu trois articles sur Internet et regardé deux vidéos sur les réseaux sociaux. Elle est donc formelle:
– «Le sucre après le jeûne, c’est très mauvais.»
– «Non, il faut manger les fruits avant le repas.»
– «Non, surtout pas de thé à la menthe juste après l’iftar.»
Puis intervient la tante qui, elle, est devenue experte en médecine familiale.
Si quelqu’un tousse, elle a déjà trois diagnostics possibles.
Si quelqu’un dit qu’il a mal à la tête, elle connaît exactement le médicament qu’il faut prendre.
Et si vous osez dire que vous avez consulté un médecin, elle vous répond avec un air très sérieux :
«Oui, mais les médecins aujourd’hui…»
Et là encore, un long exposé commence.
Le plus fascinant, c’est que ces personnages portent plusieurs casquettes à la fois.
Ils sont parfois :
• médecin
• nutritionniste
• pharmacien
• coach sportif
• spécialiste du sommeil
• et parfois même… théologien.
Car évidemment, pendant Ramadan, la discussion finit souvent par glisser vers la religion.
Combien de rak’ats pour telle prière ?
Faut-il faire ceci avant cela ?
Est-ce que tel geste est recommandé ?
Et soudain, notre «Monsieur Je-Sais-Tout» se transforme en érudit religieux improvisé.
Le problème ou plutôt la petite difficulté – c’est que ces personnes veulent souvent avoir raison. Et leurs informations ne sont pas toujours parfaitement exactes.
Mais au fond, ce serait une erreur de les prendre trop au sérieux… ou de s’agacer trop vite.
Car derrière ce comportement, il y a souvent une intention très simple : le désir de prendre soin des autres.
Ils veulent aider.
Ils veulent protéger.
Ils veulent partager ce qu’ils pensent être utile.
Et parfois, avouons-le, leurs interventions créent aussi des moments très drôles.
Je me souviens d’un iftar où quelqu’un a simplement demandé :
– «Est-ce qu’on peut boire de l’eau froide après le jeûne ?»
La question semblait simple.
Mais en moins de deux minutes, nous avions autour de la table :
• un expert en digestion
• une spécialiste des températures idéales
• un défenseur de l’eau tiède
• et quelqu’un qui affirmait que l’eau devait être «ni froide ni chaude, mais équilibrée».
La discussion a duré quinze minutes.
Pendant ce temps-là… les briouates refroidissaient.
Et c’est là qu’on réalise quelque chose de très beau : ces débats font aussi partie de la chaleur des réunions familiales.
Ces conversations un peu interminables, ces conseils parfois contradictoires, ces affirmations dites avec beaucoup d’assurance… tout cela crée aussi des souvenirs.
Le vrai secret, finalement, c’est peut-être de les écouter avec un peu de recul et beaucoup de bienveillance.
On sourit.
On hoche la tête.
On dit parfois :
«Ah oui, c’est intéressant.»
Et on continue tranquillement à manger sa harira.
Parce que ces «Je-Sais-Tout» ne sont pas des donneurs de leçons malveillants. La plupart du temps, ce sont simplement des membres de la famille qui aiment participer, transmettre, conseiller.
Et parfois, il faut l’avouer avec humour:
nous avons tous, un jour ou l’autre… un petit «Je-Sais-Tout» qui sommeille en nous.
Surtout quand quelqu’un demande :
«Au fait… combien de dattes faut-il manger pour rompre le jeûne ?»
Et là, soudain, nous avons tous une réponse très précise.
Et, oui !
Mieux communiquer, mieux vivre…en famille et entre potes durant le Ramadan, c’est aussi les supporters ces «Madame et Monsieur Je-Sais-Tout» !
Peut-être même que vous en faites partie…
Sophia El Khensae Bentamy
Consultante, coach et enseignante en techniques de communication, coach en psychologie positive et en thérapie
par le rire.



