Jalousie
Ce qui n’était qu’une soirée entre anciens amis a viré au drame. Jalousie, alcool et désir ont conduit à une violente agression et à une affaire criminelle jugée à Casablanca.
Une longue amitié s’était brisée, au point de conduire les deux hommes devant la chambre criminelle près la Cour d’appel de Casablanca, ce jour de janvier. L’un avait porté plainte contre l’autre. Dans la salle d’audience se tenait également une jeune femme. On pressentait qu’elle avait joué un rôle déterminant dans le conflit opposant les deux anciens amis. Le dossier révélait en effet qu’elle se trouvait au cœur de l’affaire, à son corps défendant.
Tout a commencé le jour où l’un des deux amis s’était présenté devant la police pour se plaindre de l’autre. Il avait fait constater les égratignures sur son visage ainsi qu’une ecchymose violacée sur l’œil gauche. Il a affirmé que son ami venait de séquestrer sa fiancée après l’avoir battue tout en précisant qu’il ignorait où il l’a emmenée. Ils avaient pourtant été longtemps inséparables, aux yeux de tous leurs voisins au quartier. Mais après avoir trouvé des emplois différents, leurs rencontres s’étaient raréfiées. Sauf lorsque l’un d’eux prenait l’initiative, le week-end, d’inviter son ami à partager une bouteille. La dernière invitation, pour une soirée à domicile, allait cependant tout changer.
Le jeune invité a accepté avec empressement, son maigre salaire ne lui permettant guère de telles réjouissances. Vers 20 heures, il était de retour du centre-ville, où il était allé s’approvisionner en boissons alcoolisées. Son ami l’attendait déjà au seuil de la maison, où il vivait seul depuis le décès de ses parents. Il était accompagné de sa bien-aimée présentée comme sa fiancée. En entendant cela, l’invité a écarquillé les yeux. Jamais son ami ne lui avait parlé de fiançailles, ni même de mariage. Le doute s’est installé. Est-elle vraiment sa fiancée ? Pourquoi ne lui en avoir jamais rien dit ? À moins qu’elle ne soit simplement sa maîtresse ? Ces questions tournèrent bientôt en boucle dans son esprit, jusqu’à l’obsession.
Les trois étaient dans la maison autour de la table. L’invité a pris l’initiative de dresser la table, sortit les bouteilles et les amuse-gueules, puis la soirée a commencé. La jeune femme ne lui adressait que rarement la parole, mais elle profitait de chaque moment d’inattention de son compagnon pour lui lancer de petits sourires. Au fil des verres, les têtes ont commencé à tourner. La jeune femme se laissait prendre dans les bras et embrasser par son prétendant, sous le regard de plus en plus frustré de l’invité. Celui-ci a tenté en vain d’attirer un peu son attention, espérant peut-être avoir ses faveurs. Vers 23 heures, la jeune femme s’est levée pour annoncer qu’elle allait dormir et s’est dirigée vers l’une des chambres. Les deux amis ont continué à boire. Vers 2 heures du matin, l’hôte est allé rejoindre sa bien-aimée, laissant l’autre seul, le sourire de la jeune femme était gravé dans son esprit… Soudain, l’invité s’est redressé, a marché jusqu’à la chambre où le couple s’était retiré. À l’intérieur, il a fixé longuement les deux corps endormis, enlacés. Son regard ne pouvait se détacher de celui, dénudé, de la jeune femme. Le désir a atteint son paroxysme ; une pulsion violente s’est emparée de lui. Il a perdu la tête. Il s’est rendu à la cuisine, en est revenu avec un couteau, il a allumé la lumière et a brandi l’arme. Puis il s’est jeté sur son ami, l’a poussé hors du lit et, avant que ce dernier ne réalise ce qui lui arrivait, lui a asséné un violent coup de poing au visage avant de lui balafrer la joue d’un coup de lame. L’hôte s’est précipité hors de la chambre, s’est enfui dans la rue et a couru vers le commissariat le plus proche. Pendant ce temps, l’agresseur a violé la jeune femme à deux reprises avant de la jeter dehors.
Arrêté, il a été traduit devant la chambre criminelle près la Cour d’appel de Casablanca.
Verdict : deux ans de prison ferme pour l’auteur des violences et du viol, et trois mois de prison avec sursis pour chacun des deux autres protagonistes jugés coupables pour débauche.



