Proxy régional
Une grande partie de la méfiance qu’Alger suscite chez ses voisins et ses interlocuteurs provient justement de cette proximité avec l’Iran, le pays pestiféré de la communauté internationale aux côtés de la Corée du Nord.
Pourquoi quand la pression militaire américaine se fait menaçante sur le régime iranien, le régime algérien devient inquiet et angoissé ? C’est qu’entre les deux pays existe une liaison dangereuse qui avait attiré l’attention du monde et des grands services de renseignement. Entre Alger et Téhéran une intimité stratégique s’est nouée au fil des années et des crises politiques qui ont isolé l’Algérie et l’ont jetée dans les bras des pyromanes de Téhéran.
Pendant de longues années, lorsque le régime iranien était au fait de sa puissance, il avait tenté de faire de l’Algérie le pays rampe de lancement de son influence en Afrique du Nord et subsaharienne. L’idéologie et l’influence iraniennes se faufilaient dans ses contrées lointaines de Téhéran à travers les circuits de l’armée algérienne. Il faut dire que cette dernière s’est révélée perméable à toutes les installations étrangères. Avant de rebrousser chemin sur le sujet, en apparence en tout cas, c’est l’armée algérienne qui avait facilité un temps donné l’infiltration du groupe paramilitaire russe Wagner. C’était la période où Alger tentait sa dernière lune de miel avec Vladimir Poutine.
Avec l’Iran, la relation d’Alger fut basée sur des calculs politiques froids. L’Algérie avait consolidé son alliance avec le régime iranien pour faire payer aux pays du Golfe leurs attitudes de rupture et de défiance à son égard. Avant le rapprochement entre l’Iran et l’Arabie Saoudite sous parapluie chinois, le régime iranien était une menace vitale pour l’ensemble des pays du Golfe. S’afficher avec lui dans une forme d’alliance objective équivalait à se venger des pays du Golfe qui dans leur ensemble avaient choisi le Maroc comme allié stratégique régional.
Pour le Maroc justement, Alger avait ouvert grandes les portes à l’influence et à l’activisme iraniens. Téhéran avait pris le Polisario sous son aile. Le régime iranien en a fait son proxy régional au même titre que le Hezbollah libanais, le Houti au Yémen ou les Brigades populaires en Irak. Il lui a fourni des armes et mis à sa disposition des experts en explosifs et en construction de tunnels venus droit du Sud Liban et des milieux de la résistance libanaise.
Lorsque le régime iranien défendait la survie du régime syrien de Bachar El Assad, il avait déplacé des militants du Polisario pour participer à cette guerre pour assurer la survie du régime de Damas. D’ailleurs, les nouvelles autorités syriennes sous la houlette de Ahmed Charaa affirment détenir dans leurs prisons des dizaines voire des centaines d’éléments du Polisario arrêtés après la débandade et la fuite en Russie de Bachar El Assad. Le Polisario est aujourd’hui menacé par l’administration américaine de figurer sur la liste des organisations terroristes.
Dans sa négociation avec la communauté internationale, qu’elle soit américaine ou européenne, la relation de l’Algérie avec l’Iran est lourdement questionnée. L’agenda ouvertement déstabilisateur des Iraniens ne pouvait passer inaperçu quand il a mobilisé son alliance avec le régime algérien. Une grande partie de la méfiance qu’Alger suscite chez ses voisins et ses interlocuteurs provient justement de cette proximité avec l’Iran, le pays pestiféré de la communauté internationale aux côtés de la Corée du Nord.
D’ailleurs ce n’est pas un hasard si dans la presse internationale, l’Algérie commence à être comparée à la Corée du Nord, tant pas ses fermetures domestiques et hermétiques sur les libertés individuelles et la prédation économique de son élite politico-militaire que par ses alliances avec les pays qui constituent une menace sur la paix globale.
Quelle que soit l’évolution des rapports du régime algérien avec la communauté internationale, ses liens avec le régime iranien vont peser lourdement sur la balance des négociations, surtout que ce régime iranien est ciblé soit par un compromis politique qui lui fait prendre de grandes concessions sur les instruments de sa puissance, soit par une frappe militaire qui détruira ses fondations. Lorsque la question iranienne sera mise sur une orbite de solution diplomatique ou militaire, les regards vont inévitablement se diriger vers les pays qui constituaient les satellites de son influence et les instruments de sa stratégie de déstabilisation. A l’est, le Liban, le Yémen, l’Irak vont forcément subir les effets de cet impact. A l’ouest, le régime algérien est à la première place du podium en Afrique du Nord.



