Menaces
Les pays européens ont décidé de couper court à l’argumentaire développé par Trump selon lequel son administration va prendre possession du Groenland pour ne pas le laisser sans défense devant les appétits russe et chinois.
On savait les relations entre Donald Trump et les Européens tendues, voire teintées de méfiances réciproques. On les trouve aujourd’hui sur un ton de défiance inédit, au bord de la rupture. La polémique qui vient de les porter à un niveau de tension sans précédent fut le grand appétit de Donald Trump pour le Groenland, un territoire autonome européen.
Donald Trump avait fait du contrôle de ce territoire une affaire de sécurité nationale américaine. Malgré ses nombreuses déclarations dans le passé, les pays de l’Union européenne ne leur ont jamais accordé une grande importance. Ils les mettaient dans la case des lubies originales d’un président qui brille par ses effets de communication, amateur de buzz. Mais depuis qu’il a pris la décision de déloger Nicolas Maduro de son palais à Caracas, les intentions de Trump, même les plus fantaisistes, sont prises très au sérieux. Les pays européens ont donc décidé de couper court à l’argumentaire développé par Trump selon lequel son administration va prendre possession du Groenland pour ne pas le laisser sans défense devant les appétits russe et chinois. Ils décident donc d’envoyer quelques forces militaires à la portée symbolique dans cette île. Cette décision a provoqué l’ire de Trump qui dégaine l’arme de la sanction douanière contre les produits européens.
Si l’administration américaine applique ces menaces contre les entreprises européennes, cela équivaut à fermer le marché américain à de nombreuses productions européennes. Conséquences pour certains une faillite assurée, une économie du Vieux Continent en berne et un coup très dur pour les exportations européennes.
Réalisant la gravité de cette séquence, les Européens ont eu recours à ce qui est considéré par beaucoup comme une arme de dissuasion massive, l’activation d’une démarche au cœur de la riposte européenne, «l’instrument anti-coercition». II s’agit d’appliquer des sanctions fortes et inédites contre les grandes entreprises américaines qui opèrent sur le marché européen.
Si Donald Trump met à exécution ses menaces de porter à 40% les droits de douane sur les produits européens et si Bruxelles active l’instrument anti-coercition cela ferait entrer la relation transatlantique dans une phase de tension et de divorce jamais atteinte dans l’histoire de relations entre les deux continents.
Les plus optimistes affirment que ni les Européens ni les Américains n’ont intérêt à atteindre ce niveau de confrontation. Mais ce bras de fer laissera des traces dans la confiance mutuelle que deux alliés devraient avoir. Déjà cette confiance a été érodée lorsque Donald Trump, dans ses efforts de parvenir à une paix entre Ukrainiens et Russes, semble avoir épousé le narratif de Vladimir Poutine et tenté par tous les moyens de l’imposer à Zelensky et aux Européens.
L’alliance militaire entre Européens et Américains a été récemment mise à rude épreuve. Les menaces américaines de prendre par la force militaire le Groenland met le traité de l’alliance atlantique devant un examen de survie. Comment gérer le fait qu’un pays membre de l’Otan puisse attaquer un autre pays membre du même OTAN ? Comment activer le fameux article 5 du traité de l’alliance atlantique sans la faire exploser de l’intérieur ?
Cette tension politique, économique et stratégique entre Donald Trump et les Européens fait les affaires des Russes et des Chinois.
D’abord les Russes. L’affaiblissement de l’axe Washington-Bruxelles est de nature à faciliter l’agenda russe en Ukraine. Moscou pourrait facilement imposer ses conditions à Kiev sans qu’il y ait la moindre résistance de la part des Européens, étant affaiblis par leurs disputes avec les Américains. Tandis que la Chine pourrait aisément affronter la guerre commerciale que lui livre Donald Trump sachant que sans les Européens et leur marché, la puissance et la force de frappe américaine seront amoindries. Quelle que soit les issue de cette tension entre Donald Trump et les Européens, il y a un indéniable constat. Quelque chose s’est cassé dans la relation transatlantique. Le président français Emmanuel Macron avait déjà anticipé cette crise en mettant en valeur la nécessité d’aboutir un jour à une autonomie stratégique des Européens. Il visait le paramètre militaire et de sécurité. Aujourd’hui la guerre commerciale qui risque de faire rage entre les deux rives de l’Atlantique a de fortes chances de provoquer une grande rupture qu’il serait difficile de colmater sans de grands sacrifices des deux côtés.



