Récidive
Cinq voitures disparues, retrouvées abandonnées dans des lieux différents, et un même mode opératoire qui a fini par trahir son auteur. Derrière cette série de vols, un homme déjà connu de la justice a rejoué un scénario qui l’a finalement conduit tout droit devant les juges.
Dans les couloirs de la Cour d’appel d’El Jadida, l’affaire a pris des allures de récit déjà trop entendu : celui d’un homme rattrapé par ses propres habitudes. Divorcé, au passé judiciaire chargé, il s’est tenu devant la chambre criminelle, accusé d’une série de vols de voitures.
L’affaire a commencé par une succession de disparitions inquiétantes. Cinq véhicules se sont volatilisés dans des circonstances similaires, semant la panique parmi leurs propriétaires. Le premier plaignant s’est souvenu du moment précis où il a garé sa voiture devant son domicile. Un geste banal, presque mécanique. Mais au matin, l’emplacement était vide. Plus tard, il a appris que le véhicule a été retrouvé abandonné, délesté de certains de ses équipements.
Le même scénario s’est répété ailleurs. Une jeune femme, utilisant la voiture de son père, a quitté son lieu de travail pour découvrir, désemparée, que le véhicule n’y était plus. Deux jours après, la voiture a réapparu, comme surgie de nulle part, près du palais de justice. D’autres victimes ont suivi, racontant chacune une histoire semblable : une absence soudaine, puis une réapparition mystérieuse, parfois loin du lieu initial. Face à cette série troublante, la police judiciaire de la ville d’El Jadida s’est lancée dans une enquête minutieuse. Les caméras de surveillance sont devenues leurs yeux, les relevés téléphoniques leurs indices. Peu à peu, un visage s’est dessiné derrière ces actes répétés. Un suspect, déjà connu des services, dont les déplacements et les connexions téléphoniques ont fini par trahir sa présence.
Son arrestation a mis fin à l’errance silencieuse de ces véhicules volés. Placé en garde à vue, il n’a pas tardé à livrer son récit, comme s’il a cherché à alléger le poids de ses actes. Il a parlé d’une rencontre en prison, d’un homme originaire de Mohammedia, et d’une proposition qui a fait basculer son quotidien, à savoir voler des voitures, toujours du même modèle, des Fiat Uno, et les revendre. L’idée a semblé simple, presque mécanique. Il s’est procuré une clé spéciale, capable d’ouvrir ces véhicules sans effraction visible. Quatre voitures ont ainsi été dérobées, démarrées avec une facilité déconcertante. Mais le plan n’a pas fonctionné comme prévu. L’acheteur promis n’a jamais donné suite. Alors une dernière tentative a été faite. Une voiture différente a été volée avec l’espoir d’une transaction enfin conclue. Mais là encore, la promesse est restée sans lendemain. Sans argent, sans solution, il a abandonné le véhicule sur la route de Marrakech, comme un aveu silencieux d’échec.
Devant la Cour, il a tenté de se disculper. Mais les preuves étaient tangibles pour qu’il soit jugé coupable. Et le verdict est tombé sans surprise : quatre années de réclusion criminelle.


