Radicalisation
Le choix d’Alger de jouer l’escalade avec Paris obligera les Français à sortir de l’apparente torpeur dans laquelle le poids de cette histoire commune les a cantonnés.
S’il y avait un espoir que le président Emmanuel Macron puisse normaliser ses relations avec son homologue algérien Abdelmajid Tebboune, il vient de s’évaporer avec le vote du Parlement algérien d’une loi criminalisant la colonisation française de l’Algérie et exigeant pour la première fois des réparations financières.
Cette décision algérienne a été prise alors que le dialogue politique entre les deux pays était gelé depuis la reconnaissance par Paris de la souveraineté du Maroc sur son Sahara. Elle intervient à contre- courant de la nouvelle dynamique promise par la libération de l’écrivain Boualem Sansal, longtemps considéré comme un point de blocage et une pierre d’achoppement dans les relations entre les deux pays. Même après s’être débarrassé de l’obstacle «Sansal» grâce à une médiation allemande, l’axe Paris-Alger n’a pas connu la revivification attendue. Les pronostics optimistes des deux pays annonçaient déjà la reprise du dialogue politique et pourquoi pas une rencontre au sommet entre Macron et Tebboune.
Rien ne se passa comme annoncé. Même une visite du nouveau ministre de l’intérieur Laurent Nunez, successeur de Bruno Retailleau, rencontre énormément des difficultés à être organisée. Pire, au moment où une embellie était annoncée, le régime algérien a choisi, du point de vue français, l’option de la radicalisation. La réconciliation mémorielle sur laquelle misait Emmanuel Macron au début de son mandat est renvoyée aux calendes grecques. Surtout avec les nouvelles exigences algériennes qui imposeraient un défi majeur à toute autorité française quelle que soit sa couleur politique.
L’adoption de la loi algérienne sur la criminalisation de la colonisation, les demandes de réparations financières et d’excuses officielles ont plongé la relation entre Paris et Alger dans un long hiver. Même si cette loi demeure à portée symbolique et n’a aucune répercussion légale, le fait de l’adopter dans le contexte actuel complique davantage la perception d’Emmanuel Macron de la réconciliation avec l’Algérie dont il avait fait un des chantiers les plus emblématiques.
Si important qu’une commission ad hoc a été créée dirigée côté français par le grand spécialiste de la guerre d’Algérie Benjamin Stora. Même si cette commission n’a pas réussi à réaliser d’éclatantes avancées, sa simple présence dénotait la volontés de deux pays de dépasser leurs divergences et paver le chemin à une vraie réconciliation mémorielle. Aujourd’hui de nombreuses interrogations subsistent sur le devenir de cette commission dont les travaux ont été gelés au lendemain de la reconnaissance française de la marocanité du Sahara.
Le choix d’Alger de jouer l’escalade avec Paris obligera les Français à sortir de l’apparente torpeur dans laquelle le poids de cette histoire commune les a cantonnés. Dans le meilleur des cas, Emmanuel Macron pourra jouer l’indifférence, courber le dos et attendre que cette mauvaise humeur algérienne se calme soit avec le temps, soit à travers un possible changement d’équipe au pouvoir en Algérie.
Dans le pire des cas, Emmanuel Macron pourra adopter une réponse dite «du berger et la bergère » et se pencher vers la partie de son gouvernement qui demande depuis longtemps l’engagement d’un rapport de force avec le régime algérien. Une stratégie de la dissuasion et de la sanction. Avec ce que cela implique comme recours à un arsenal punitif envers l’élite politico-militaire algérienne qui dispose d’énormes intérêts en France. Au vu des récentes évolutions, force est de constater que les relations entre les deux pays sont condamnées dans les meilleurs des scénarios à observer un statu quo en attendant le changement des pouvoirs à Alger et à Paris. À Alger avec l’espoir que les successeurs de Tebboune soient plus ouverts sur la France et moins obsèdés par sa haine comme carburant à leur légitimité. À Paris avec l’espoir qu’un nouveau locataire de l’Élysée soit plus disponible à répondre aux exigences algériennes.
Ni le premier scénario n’est plausible ni le second, au vu de la montée de l’extrême droite en France, n’est probable. Cette crise entre la France et l’Algérie a encore de beaux jours devant elle. Il reste à espérer pour les deux pays qu’ils ne franchissent pas la ligne de non-retour incarnée dans le contexte tendu actuel par une rupture des relations diplomatiques entre les deux pays. Cette hypothèse qui paraît pour certains appartenir à la science fiction est aujourd’hui évoquée comme une possibilité cauchemardesque.



