Barbarie
Le verdict est tombé, lourd comme on s’y attendait. Ce lundi soir 19 janvier, la chambre criminelle près la Cour d’appel de Rabat a condamné le jeune homme qui a violé et tué sa mère adoptive à la perpétuité.
Dans la salle d’audience, à la chambre criminelle près la Cour d’appel de Rabat, un silence lourd s’est installé du fait de l’horreur des faits avant de se transformer en chuchotements étouffés. L’affaire qui va se conclure devant les trois magistrats de la Cour et le représentant du ministère public a commencé, sept mois plus tôt, en juin 2025, dans le calme trompeur de la commune rurale Sidi Yahya Zaër relevant de la préfecture de Skhirate-Témara, dans la région de Rabat-Salé-Kénitra. Là, pendant plus de vingt ans, une femme de quarante-cinq ans avait bâti un refuge pour un enfant qui n’était pas le sien. Abandonné par sa mère biologique, elle l’a pris en charge. Elle l’a élevé, lui a offert un toit, comme une mère. Et personne dans la région ne se doutait que ce jeune homme qui vient d’avoir vingt-cinq ans, portait en son sein un tel monstre.
Tout a basculé au cœur d’une nuit de la première semaine du mois de juin 2025. Sous l’emprise du haschisch et des comprimés psychotropes, le jeune homme est rentré à la maison. Ce qui s’est passé ensuite relève d’une barbarie qui a glacé d’effroi les enquêteurs les plus aguerris. La violence était absolue, méthodique, laissant la victime nue, les mains ligotées, le corps marqué par la fureur. Le rapport rédigé par le médecin légiste qui a effectué l’autopsie a, plus tard, confirmé l’indicible : un viol suivi d’un meurtre.
C’est dans la pâleur du jour suivant, mardi 3 juin 2025, que des voisins ont découvert la scène, insoutenable. La gendarmerie royale a été alertée. Le petit monde de la région, où tout se sait, a été saisi de stupeur. Les soupçons rapidement se sont tournés vers le fils adoptif. Lors des funérailles, son attitude l’a trahi. Il a fondu en larmes, d’une manière qui paraissait plus coupable qu’affligée.
Face aux enquêteurs de la gendarmerie royale, le masque s’est fissuré. Les aveux ont jailli. Il a raconté son retour au domicile avec déjà une intention criminelle, invoquant le brouillard chimique qui a obscurci sa conscience. Il s’est contenté de dire qu’il ne se souvenait de rien comme s’il essayait d’effacer les traces de ligatures, de coups et de viol. Les voisins interrogés ont dressé le portrait d’un jeune homme rongé par l’addiction, en conflit permanent avec celle qui tentait de le sauver de lui-même, qu’il harcelait pour soutenir sa dépendance.
Pour retracer le chemin de cette monstruosité, les enquêteurs de la gendarmerie royale ont conduit, le jeudi 5 juin 2025, l’auteur de cette tragédie vers la scène du crime. Devant leurs regards, il a répété ses gestes, a montré les déplacements, a récité une version du drame que les éléments matériels et les témoignages sont venus déjà corroborer. Puis est venu le temps du procès. Le jeune homme a reconnu son double crime. Le représentant du ministère public a dépeint un crime prémédité, d’une brutalité exceptionnelle, aggravé par le lien filial trahi. La défense a tenté d’accrocher sa plaidoirie à l’état d’altération mentale, à la toxicomanie comme moteur de la folie passagère. Mais la Cour a choisi de souligner la responsabilité. La perpétuité est une réponse au caractère exécrable des faits.


