Paris-Alger, lune de miel en perspective ?

Changer de logiciel
La véritable raison qui a provoqué ce retour progressif à la normale de la relation entre Alger et Paris est l’abandon par les autorités algériennes d’une condition formulée à l’encontre de Paris de revenir sur sa décision de reconnaître la souveraineté du Maroc sur son Sahara.

Tout indique qu’une embellie diplomatique est en cours dans les relations entre Alger et Paris. Depuis quelques semaines, le processus des visites à haut niveau vient de reprendre après un long vide. Des messages positifs ont été échangés entre les deux pays.
Parmi ces messages la décision de la famille du journaliste français Christophe Gleizes emprisonné en Algérie pour complicité avec des « terroristes kabyles » d’abandonner son appel, ce qui pave le chemin à une grâce présidentielle et à une libération prochaine. Le cas Gleizes est devenu cardinal dans les relations franco-algériennes. Aucune perspective ne peut être envisagée sans que le régime algérien ne desserre son étau sur le journaliste français. Mais en réalité, la véritable raison qui a provoqué ce retour progressif à la normale de la relation entre Alger et Paris est l’abandon par les autorités algériennes d’une condition formulée à l’encontre de Paris de revenir sur sa décision de reconnaître la souveraineté du Maroc sur son Sahara. Pendant de longs mois, Alger avait conditionné sa normalisation avec Paris par une marche arrière du président Emmanuel Macron sur le Sahara marocain.
Or depuis qu’une irrésistible dynamique internationale a validé la souveraineté marocaine sur le Sahara, le régime algérien s’est retrouvé coincé par ces évolutions. Ou continuer à s’accrocher à ces chimères séparatistes et risquer d’empoisonner ses relations avec son voisinage et ses alliés. Ou changer de braquet et tenter d’ouvrir une autre séquence dans sa diplomatie.
C’est ce qui s’est passé avec Paris où il n’est plus question de poser la condition d’un revirement sur le Sahara pour asseoir cette embellie.
Mais une fois ces nuages sur les divergences sur le Sahara levés, il reste de nombreux défis à dépasser entre les deux pays pour pouvoir espérer une normalisation complète.
Gérald Darmanin avait visité Alger dans l’espoir de relancer la coopération judiciaire entre les deux pays. Les Français ont un grand problème avec le grand banditisme et le narcotrafic piloté par le nouveau phénomène en vogue de la DZ mafia.
La France cherche à établir des accords de coopération avec les autorités algériennes qui lui permettent de procéder à des extraditions faciles de personnalités mafieuses qui opèrent en France et qui trouvent refuge en Algérie. Elle veut aussi pouvoir saisir leurs avoirs financiers et biens investis en Algérie.
Cette opération qui paraît simple et logique entre deux pays prend, entre l’Algérie et la France, une dimension herculéenne. Car pour satisfaire ces demandes, le régime algérien impose aux Français des conditions souvent irréalisables. Alger demande à récupérer l’ancien ministre de l’industrie Abdessalam Bouchaoureb dans le cadre d’une affaire de bien mal acquis. Alger demande la libération de son diplomate incarcéré en France dans le cadre d’une affaire de terrorisme contre l’opposant algérien Amir DZ. Alger exige enfin de la France qu’elle réduise au silence les activistes opposants qui agissent depuis son territoire pour dénoncer la gabegie autocratique du régime algérien et ses pulsions liberticides. Pour qu’il y ait vraiment une embellie, il faudrait que Paris satisfasse ces exigences algériennes. Ce qui paraît aujourd’hui impossible. Pour pouvoir libérer le diplomate algérien incarcéré en France et qui à travers sa personne c’est l’Etat algérien qui est entaché de l’accusation de terrorisme, il faudrait imaginer un scénario où le président Emmanuel Macron puisse prendre son téléphone et ordonner aux magistrats français d’annuler les poursuites judiciaires contre le diplomate algérien en question. Ce scénario, rêvé par Alger, est impossible à réaliser en France. Le coût politique serait immense.
Emmanuel Macron voudrait terminer son mandat sur une performance sur le dossier algérien. Il y a certes le volet mémoriel où toute avancée significative pourrait être sinon bloquée du moins dénoncée par la droite et l’extrême droite françaises.
Mais il y a aussi le reste de la relation entre les deux pays où il s’agit avant tout de restaurer une confiance perdue pour pouvoir relancer une coopération judiciaire portée aujourd’hui à son niveau minimal et une coopération économique que les multiples crises ont fini par éroder.
Pour débuter une lune de miel avec la France et même son voisinage, l’Algérie a besoin de changer de logiciel de gouvernance et d’alliances. Le duo Tebboune-Chengriha est-il en capacité de franchir ce pas ?

 

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