
Lorsqu’un pays part de loin, les progrès sont souvent spectaculaires. Construire une autoroute, un port, un aéroport, une ligne ferroviaire ou attirer une grande usine change immédiatement le paysage. Les résultats se voient. Ils se mesurent facilement. Ils transforment rapidement le quotidien.
Puis arrive un moment où les questions changent.
L’autoroute existe. Le port aussi. Les usines produisent. Les touristes viennent. Les investissements continuent d’affluer. Les grandes réformes sont engagées. Le défi n’est plus de créer ces capacités. Il devient beaucoup plus subtil : comment en tirer davantage de valeur ?
C’est probablement l’une des évolutions les plus intéressantes que suggère le Discours du Trône de cette année.
Les prochaines marges de progrès ne disparaissent pas. Elles deviennent simplement plus difficiles à conquérir.
Le Maroc ne gagnera plus des points de croissance seulement en construisant une nouvelle infrastructure. Il devra aussi apprendre à produire davantage avec celles qu’il possède déjà, à monter dans les chaînes de valeur, à mieux financer ses entreprises, à transformer davantage d’innovation en activité économique réelle et à diffuser plus largement les gains de développement dans l’ensemble du tissu productif.
En un mot, les défis deviennent moins visibles… mais beaucoup plus exigeants.
C’est la courbe naturelle de toutes les économies qui montent progressivement en gamme. Les premiers succès reposent souvent sur des décisions relativement lisibles: investir, construire, équiper, attirer. Les suivants exigent davantage de coordination, davantage de compétences, davantage d’innovation et parfois davantage de patience.
Et c’est peut-être là l’un des messages les plus intéressants du moment. Le Maroc entre progressivement dans une phase où les réponses simples laisseront de plus en plus la place à des politiques publiques plus fines, plus transversales et plus sophistiquées. Non pas parce que les problèmes seraient devenus plus nombreux, mais parce que le niveau atteint par le Royaume appelle désormais une évolution de logiciel.