
L’année 2025 a été marquée par l’atténuation de la sinistralité des entreprises non financières et ce malgré la poursuite de la hausse de leurs créances en souffrance.
Dette bancaire : Entre progression modérée du crédit bancaire, essor du marché obligataire et maintien d’un recours important au crédit fournisseur, les modes de financement des entreprises non financières continuent d’évoluer. Le rapport annuel sur la stabilité financière dresse un état des lieux de leur endettement des entreprises non financières en 2025 et met en évidence des niveaux de dette contrastés selon les catégories d’entreprises et les branches d’activité.
657 milliards de dirhams, tel est l’encours de la dette bancaire des entreprises non financières en 2025. Cet endettement affiche une progression modérée en glissement annuel grimpant à 3,6% contre 3,1% en 2024. Elle représente ainsi 39% du PIB. Selon le récent rapport sur la stabilité financière, la structure de cette dette demeure dominée par les crédits à l’équipement. Ce dernier représente 47% de l’encours total. Les crédits de trésorerie arrivent en deuxième position représentant une part de 35%. En parallèle, le financement lié à l’affacturage constitue 9% de l’encours global au moment où les crédits à la promotion immobilière captent 8%. La Banque centrale observe par ailleurs une nette accélération de la dette obligataire des entreprises non financières. L’encours y afférent a progressé de 22,8% contre une hausse de 6,2% en 2024 s’établissant à fin 2025 autour de 124 milliards de dirhams. Il ressort que 72% de cet encours est capté par les entreprises non financières publiques, ce qui correspond à une dette de l’ordre de 89 milliards de dirhams. L’année 2025 a également été marquée par l’atténuation de la sinistralité des entreprises non financières et ce malgré la poursuite de la hausse de leurs créances en souffrance. Dans les détails, les créances en souffrance détenues sur les entreprises non financières ont atteint au titre dudit exercice les 74 milliards de dirhams marquant une progression de 5,2% comparé à 2024 où elles ont affiché une évolution de 0,9%. Le taux de défaut s’est pour sa part établi à 11,2%.
Au-delà des principaux agrégats observés en 2025, le rapport s’appuie sur une analyse détaillée des états financiers d’un échantillon de plus de 116.000 entreprises à fin 2024. dont 930 grandes entreprises, 7.853 PME et 107.618 TPME. Ces entités représentent un chiffre d’affaires agrégé de 1.230 milliards de dirhams en 2024, une dette financière de 535 milliards de dirhams et une dette commerciale de 322 milliards de dirhams à fin 2024. L’analyse financière des entreprises de l’échantillon porte sur une période de cinq ans, de 2020 à 2024. Elle a été établie à travers l’appréciation de l’évolution de leur endettement financier et commercial. Cet éclairage permet de mieux appréhender les dynamiques d’endettement selon la taille des entreprises et les secteurs d’activité.
Les grandes entreprises les plus endettées
Rapportés à leurs capitaux permanents, les niveaux d’endettement financier des entreprises, tous segments confondus, demeurent relativement élevés bien qu’en léger repli en 2024. Ils ressortent à 54% pour les Grandes Entreprises contre 60% en 2023, à 47% pour les PME contre 38% une année auparavant, et à 49% pour les TPE après 55%. Comparativement au chiffre d’affaires, la dette financière des TPE représente 120% de leur chiffre d’affaires, contre 58% pour les GE et 34% pour les PME. Les Grandes Entreprises concentrent près de 82% de la dette financière totale de l’échantillon. «Bien que celle-ci demeure la principale composante de leur endettement, sa part recule à 71% en 2024 contre 81% une année auparavant, traduisant une progression plus marquée de la dette commerciale», peut-on relever dans ce sens. Pour leur part, les financements à moyen et long terme (MLT) continuent de prédominer représentant 81% de leur dette financière. Se référant à cette analyse, les PME ont davantage eu recours au financement financier en 2024. Ainsi, la part de la dette financière dans leur endettement global passe de 48% à 53%. Cette évolution s’accompagne d’une hausse de la part des financements à moyen et long terme, qui représentent désormais 76% de leur dette financière, contre 72% en 2023. Il ressort par ailleurs que les TPE conservent une structure d’endettement relativement stable. La dette financière représente 67% de leur endettement global contre 66% une année auparavant. Elle demeure essentiellement constituée de financements à moyen et long terme, dont la part atteint 92%, tandis que les concours de trésorerie ne représentent que 8% de leur dette financière totale. Sur le plan sectoriel, l’endettement financier demeure contrasté selon les secteurs. Les ratios les plus élevés sont enregistrés dans les secteurs de la production et de la distribution d’eau, d’électricité et de gaz avec 80%, du commerce et de la réparation d’automobiles et de motocycles avec 62%, des activités immobilières avec 61% et des industries extractives avec 58%. A l’opposé, les secteurs de l’hébergement et de la restauration ainsi que des transports et de l’entreposage présentent des niveaux plus contenus, de respectivement 46% et 38%. La structure du passif demeure également différenciée selon les branches d’activité. Dans les branches les plus capitalistiques, la dette financière représente plus de 70% de l’endettement total, traduisant une dépendance plus marquée au financement bancaire et obligataire. Cette situation est particulièrement observée dans les secteurs de la production et de la distribution d’eau, d’électricité et de gaz, où elle représente 85%, des industries extractives avec 84% et des activités immobilières avec 74%. En parallèle, la part de la dette financière demeure, toutefois, plus limitée dans certains secteurs, notamment le commerce et la réparation d’automobiles et de motocycles ainsi que l’industrie manufacturière, où elle représente respectivement 45% et 44% de l’endettement total. Cette configuration reflète un recours relativement plus important au crédit fournisseur.
La dette inter-entreprises, un levier majeur de financement
Pour ce qui est de l’endettement inter-entreprises, il demeure, en effet, une source importante de financement des entreprises de l’échantillon. L’encours de la dette commerciale atteint près de 321 milliards de dirhams en 2024 représentant 26% du chiffre d’affaires agrégé des entreprises couvertes par l’analyse, contre 27% une année auparavant. «Les évolutions observées en 2024 traduisent à la fois les changements intervenus dans les comportements de financement des entreprises et l’élargissement du périmètre des grandes entreprises couvertes par l’échantillon», peut-on relever dudit rapport. Et de préciser que «les Grandes Entreprises concentrent l’essentiel de la dette commerciale, avec un encours de près de 204 milliards de dirhams représentant 63% du total de l’échantillon. Leur taux d’endettement commercial ressort à 24% de leur chiffre d’affaires». Pour leur part, les PME affichent un encours de dette commerciale de près de 77 milliards de dirhams, soit 24% du total de l’échantillon.
Rapporté au chiffre d’affaires, leur taux d’endettement commercial s’établit à 28%. Les TPE enregistrent un encours de dette fournisseurs de près de 41 milliards de dirhams, correspondant à 13% de la dette commerciale totale. Elles présentent toutefois le taux d’endettement commercial le plus élevé, atteignant 44% de leur chiffre d’affaires.