Agression
Ils promettaient des smartphones à prix cassés sur les réseaux sociaux. En réalité, ils attiraient leurs victimes dans des zones isolées pour les dévaliser sous la menace d’une arme blanche.
Il suffisait d’une annonce. Quelques lignes soigneusement rédigées, une photo alléchante et un bon prix pour être vrai. Sur les réseaux sociaux, l’offre circulait discrètement mais efficacement. Des smartphones dernier cri et des tablettes à moins de la moitié de leur valeur réelle. Dix mille dirhams sur le marché, mais seulement quatre à cinq mille pour les chanceux qui appelleraient ce numéro. Une aubaine. Une occasion à ne pas rater, une de ces affaires en or qui font briller les yeux et éteindre la méfiance. Ils étaient nombreux à mordre à l’hameçon. Des jeunes et des pères de famille qui économisaient depuis des mois pour s’offrir un téléphone de qualité.
Tous avaient en commun cette même étincelle d’espoir au moment de composer le numéro affiché dans l’annonce. À l’autre bout du fil, une voix rassurante, affable et presque professionnelle. Oui, l’appareil était disponible. Oui, le prix était négociable. Rendez-vous était pris, sans tarder, du côté d’un terrain vague au quartier Sidi Moumen, à Casablanca. C’est là que le piège se refermait. À leur arrivée au point de rendez-vous, les victimes étaient accueillies avec un naturel désarmant. Mais très vite, l’individu les invitait à le suivre un peu plus loin, dans un coin tranquille, pour remettre la marchandise à l’abri des regards. Un détail anodin qui ne méritait pas qu’on s’y attarde. Quelques pas supplémentaires, dans un coin écarté, et soudain, le ton changeait. Dans ce no man’s land urbain, loin des passants et des témoins, le masque tombait.
L’acheteur devenait la proie. Une arme blanche apparaissait, les intimidations fusaient, et en quelques minutes à peine, la victime se retrouvait délestée de tout : l’argent soigneusement mis de côté pour l’achat, le téléphone personnel, les clés et le portefeuille. Sous la menace, sans recours possible. Le gang opérait avec une méthodologie froide et rodée. Dès le crime commis, le numéro de téléphone utilisé pour l’annonce était aussitôt détruit et remplacé. Une nouvelle carte SIM, un nouveau profil, une nouvelle annonce et le cycle recommençait. Les enquêteurs, qui recevaient les plaintes des victimes, se heurtaient chaque fois à la même impasse : le numéro n’existait plus et la piste s’évaporait. Le gang semblait insaisissable, ne laissant derrière lui que des victimes hébétées. Pourtant, les plaintes s’accumulaient.
Des dizaines de victimes s’étaient présentées aux services de la police judiciaire relevant du district de Sidi Bernoussi, toutes avec le même récit, les mêmes lieux et le même mode opératoire. Une vague silencieuse qui finit par déclencher une mobilisation sécuritaire d’envergure à Casablanca. C’est ainsi que les limiers qui ont pris l’affaire en main ont planché sur la collecte des témoignages et le recoupement des informations, cherchant le fil invisible qui relierait ces crimes en série à leurs auteurs. Et ce fil, ils ont fini par le trouver. Au détour d’une plainte, un renseignement précis a émergé, une information qui semble être suffisante pour identifier un membre de cette bande, celui qui se chargeait en personne de rencontrer les victimes et de les conduire vers les zones isolées. Les enquêteurs ont préparé alors une embuscade méticuleuse.
Le suspect, ignorant que le filet se resserrait autour de lui, s’est rendu au rendez-vous comme à son habitude. Mais, il a trouvé la police à son attente. Il a été arrêté et placé en garde à vue. Interrogé, il a fini par révéler les contours d’une organisation criminelle structurée, dont il n’était que le bras armé. Le dossier a été mis entre les mains du procureur du Roi près le tribunal de première instance à Casablanca, qui a ordonné son maintien en détention préventive provisoire. Ses complices restent en liberté, quelque part dans la capitale économique ou ailleurs. Mais la police est toujours sur leurs traces. Et leur arrestation n’est qu’une question de temps.



