Éditorial : Métier, expertise et vocation

Qui aurait cru ou prédit, il y a tout juste quelques années, que le groupe OCP allait devenir un opérateur majeur dans le dessalement de l’eau ? Aujourd’hui, le groupe fournit déjà plusieurs villes, moyennes et grandes, en eau potable. Pourtant, investir dans une telle activité s’est imposé presque naturellement et n’a pas été une décision dictée dans le cadre d’une stratégie de diversification.

Au tout début, le groupe a commencé par développer des solutions d’abord pour ses propres besoins industriels et ses process de production. Recyclage de l’eau, recours aux eaux non conventionnelles puis, progressivement, dessalement. Il fallait tout simplement trouver des solutions pour sécuriser une ressource indispensable à son activité et réduire en même temps le recours aux ressources conventionnelles (lire l’article en pages 4 à 6).

Mais au fur et à mesure de ces développements, OCP a fini par acquérir une nouvelle expertise de haut niveau dans un métier qui n’était pas le sien mais qui lui était essentiel dans ses activités principales. Et avec une telle expertise, en plus des moyens dont dispose le groupe et de son mode de gouvernance, il était naturel aussi que l’on fasse appel à lui au moment où le stress hydrique et le spectre des pénuries d’eau sont devenus une réalité avec laquelle le Maroc doit désormais composer.

Le plus intéressant dans cette histoire est probablement ailleurs. Au départ, OCP ne cherchait probablement pas à se positionner sur le marché de l’eau mais seulement une réponse à un problème très concret qui concernait directement son outil industriel. Et c’est en cherchant cette réponse, en investissant, en testant des solutions et en accumulant de l’expérience qu’il a fini par développer une compétence qui pouvait servir à autre chose et à d’autres.

C’est un cas d’école qui renseigne aussi sur ce que la nécessité peut parfois produire. Le Maroc est aujourd’hui confronté à plusieurs contraintes nouvelles ou devenues beaucoup plus pressantes : l’eau bien sûr, mais aussi l’énergie, la décarbonation, certaines dépendances industrielles ou technologiques. Elles obligent les entreprises et les grands opérateurs à chercher des solutions, parfois dans des domaines qui ne sont pas leur métier à l’origine. Mais ces expertises peuvent devenir à leur tour des sources de création de valeur et de richesse.

C’est probablement aussi de cette manière que pourraient naître demain de nouveaux métiers, de nouvelles activités et peut-être même de nouvelles filières. Non pas nécessairement parce qu’on aura décidé un jour de les créer, mais parce qu’il aura fallu auparavant répondre à un besoin, résoudre un problème ou réduire une dépendance. Les contraintes coûtent, compliquent et obligent souvent à investir. Mais elles peuvent aussi pousser à développer localement des solutions et des expertises que l’on allait jusque-là chercher ailleurs.

 

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