Éditorial : Utiles et rentables aussi…

Il est souvent admis, en matière de politiques et de finances publiques, que la grille de lecture appliquée aux grandes infrastructures ne peut pas être la même que celle utilisée pour un investissement privé. Dans une entreprise, le retour sur investissement constitue naturellement un paramètre central dans les arbitrages. Pour un port, une autoroute, une LGV ou un aéroport, l’équation est différente.
Ces infrastructures sont d’abord jugées sur leur utilité générale, leur impact sur les populations et les activités économiques, leur capacité à désenclaver un territoire, à fluidifier les échanges ou encore sur les effets qu’elles peuvent produire à moyen et long terme sur l’économie. Leur profitabilité financière immédiate n’est donc pas forcément le premier critère.
Certains exemples montrent pourtant que les deux logiques ne sont pas si incompatibles.
Lorsqu’une infrastructure comme Tanger Med est suivie de près par les agences de notation financière, qui évaluent notamment la robustesse de son modèle économique, sa capacité à générer des revenus ou encore son niveau d’endettement, le signal dépasse largement le seul exercice de notation (Lire l’article en page 3). Il s’adresse aussi à la communauté financière, aux investisseurs institutionnels et à tous ceux qui pourraient être appelés à financer son développement.
Une grande infrastructure peut donc remplir une mission stratégique pour un pays, produire des effets considérables sur son économie et présenter en même temps un modèle suffisamment robuste pour attirer des capitaux recherchant un rendement.
L’exemple mérite d’être regardé de près au moment où le Maroc investit massivement dans de nouvelles infrastructures portuaires, aéroportuaires, ferroviaires ou encore autoroutières. Les besoins financiers sont considérables et ils le seront encore davantage dans les prochaines années. L’investissement public ne doit pas nécessairement les porter seul.
Une partie de ces infrastructures peut parfaitement devenir attractive pour des capitaux privés. Cela suppose évidemment de trouver les bons montages, une répartition claire des risques et, surtout, des modèles de gouvernance capables de donner suffisamment de visibilité aux investisseurs.
L’utilité publique et la rentabilité financière ne sont donc pas forcément deux notions qui s’excluent. Bien conçues et bien gouvernées, certaines grandes infrastructures peuvent parfaitement réunir les deux.

 

admin
We will be happy to hear your thoughts

Hinterlasse einen Kommentar

Shopping cart