La nouvelle classe entrepreneuriale marocaine qui émerge aujourd’hui marque une rupture culturelle avec les générations précédentes. Elle est plus internationale dans ses références, plus mobile, plus sensible aux enjeux d’innovation et de transition écologique.
Les initiatives en faveur de l’entrepreneuriat et des TPME, qui ont été mises en place par le gouvernement durant les dernières années, sont nombreuses. S’en sont suivis de nombreux impacts positifs. Les défis de tous les jours pour les autorités c’était d’en assurer l’intégration, la mise à l’échelle et en améliorer la soutenabilité et l’impact sur l’emploi. Il est donc essentiel d’appréhender sur des bases solides l’écosystème entrepreneurial et des éléments le constituant dans le but de mettre en place des initiatives répondant à ces défis, tant au niveau national que régional. D’après une étude réalisée il y a quelques mois conjointement par le ministère de l’économie et des finances et la Banque africaine de développement (BAD), le Maroc dispose d’un potentiel entrepreneurial conséquent à son niveau de développement.
Les résultats de cette étude, première sur le continent, intitulée «Profil entrepreneurial du Maroc», montrent que le Royaume dispose d’un potentiel entrepreneurial estimé à 25% de la population marocaine âgée de 18 ans et plus, réparti entre 9% d’entrepreneurs établis et 16% d’entrepreneurs potentiels ayant initié des actions conceptuelles ou concrètes en vue de créer une entreprise. Toutefois, nuance l’étude, 57% des entrepreneurs établis le sont par nécessité à travers des micro et petites entreprises dans des secteurs et activités à faible productivité (près de 50% sont des travailleurs indépendants et 40% sont chefs d’entreprise disposant d’un maximum de trois employés).
Une nouvelle génération d’entrepreneurs
Il faut dire que l’entrepreneuriat marocain a profondément changé de visage en une décennie. On se retrouve aujourd’hui face à une nouvelle génération, souvent issue des filières technologiques, des écoles de commerce ou de formations professionnelles modernisées, qui investit l’économie nationale avec des ambitions affirmées. D’un autre côté, l’âge moyen du créateur d’entreprise a nettement baissé, passant progressivement vers les ultra-trentenaires et même les vingtenaires, portés par une familiarité naturelle avec les outils numériques et une perception plus positive du risque. Des secteurs autrefois inaccessibles — comme les services technologiques, la création digitale, les services en ligne, la logistique intelligente ou les métiers verts — sont désormais investis par des jeunes entreprises qui se structurent rapidement. Cependant, force est de reconnaître que cette dynamique se heurte à des limites réelles. Beaucoup de jeunes entrepreneurs manquent de compétences managériales, de maîtrise comptable, de gestion des ressources humaines ou de capacité à structurer un modèle d’affaires pérenne. Il y a aussi le manque de fonds propres qui reste un obstacle décisif, tout comme l’accès aux réseaux d’affaires ou la capacité à formaliser leur travail pour accéder à des marchés plus importants. Cette jeunesse entreprenante doit se confronter à un environnement exigeant où les marges sont souvent étroites et où les défaillances administratives peuvent coûter cher.
Création d’un environnement plus favorable
C’est là que le dispositif du soutien spécifique apparaît dans ce contexte comme un outil stratégique. La prime à l’emploi permet, pour la première fois, d’accompagner le passage d’une activité individuelle ou micro-entrepreneuriale à une structure véritablement contributive sur le plan social. Le fait de conditionner l’aide à des investissements productifs encourage les jeunes entreprises à orienter leurs efforts vers des secteurs structurants. Les activités considérées comme prioritaires dans le dispositif — notamment les métiers du digital, de l’énergie propre, de l’agrotransformation ou des technologies industrielles — recoupent largement les aspirations de cette nouvelle génération.
Cette articulation entre ambitions entrepreneuriales et politique publique pourrait devenir l’un des moteurs les plus puissants de la transformation économique du pays. Le Maroc a besoin de jeunes dirigeants capables de s’inscrire dans des logiques de long terme, de s’impliquer dans la structuration des filières émergentes et d’apporter une agilité qui manque souvent aux grandes organisations. En soutenant directement leurs investissements, dans toutes les régions du Royaume, le dispositif du soutien spécifique contribue à créer un environnement plus favorable, plus lisible et plus ambitieux. La nouvelle classe entrepreneuriale marocaine qui émerge aujourd’hui marque une rupture culturelle avec les générations précédentes. Elle est plus internationale dans ses références, plus mobile, plus sensible aux enjeux d’innovation et de transition écologique. Le cadre national, en se réformant, s’ajuste progressivement à ses attentes. Pour la première fois, il existe une convergence réelle entre aspirations entrepreneuriales et politiques publiques, ce qui permet d’espérer un renouveau économique ancré dans la jeunesse et les territoires.



