
Suspense
Ces choix politiques et les débats installés dans l’opinion par l’extrême droite ont obligé les autres candidats potentiels à aligner leurs discours sur l’immigration sur le Rassemblement National. Et ce phénomène a touché aussi bien la droite républicaine que la gauche dite de gouvernement.
C’était attendu et prévisible. Les enjeux migratoires allaient dominer la campagne des présidentielles françaises et configurer les postures des multiples candidats. Et pour cause. Si l’extrême droite a réussi une telle performance dans son ascension politique, elle le doit exclusivement à sa capacité à labourer cette crise migratoire devenue, selon les sondages, la source première de son angoisse.
Le succès médiatique et politique des forces de l’extrême droite est à attribuer à leur choix unique de ne parler que de migration. Dans leurs logiques, si les Français manquent de travail, c’est la faute à la main-d’œuvre étrangère qui s’en empare. Si les Français manquent de logement social c’est parce que les immigrés les occupent. Si le budget de la France est en déficit, c’est parce qu’il a été grevé par les aides sociales généreuses accordées aux immigrés. Ce discours uniforme a réussi à procurer à l’extrême droite une audience et une crédibilité dénonciatrice qui lui a permis de casser son plafond de verre dans les études d’opinion. Ces sondages annoncent le scrutin de 2027 comme un boulevard devant le Rassemblement National. Et plus le RN joue la surenchère sur l’immigration, plus il élargit sa base électorale et consolide son influence.
Ces choix politiques et les débats installés dans l’opinion par l’extrême droite ont obligé les autres candidats potentiels à aligner leurs discours sur l’immigration sur le Rassemblement National. Et ce phénomène a touché aussi bien la droite républicaine que la gauche dite de gouvernement. Pour la droite traditionnelle, le fait de durcir son discours sur l’immigration s’inscrit ouvertement dans une démarche de ne pas laisser à l’extrême droite le monopole de défendre la préférence et l’identité nationale.
C’est ainsi que des personnalités comme l’ancien ministre de l’intérieur Bruno Retailleau ou l’ancien Premier ministre Édouard Phillipe se trouvent dans une forme d’obligation politique de radicaliser leurs discours sur l’immigration. L’objectif affiché est de tenter d’assécher la base électorale de l’extrême droite et d’offrir une alternative crédible à tous ceux qui sont angoissés par les questions migratoires mais qui ne veulent pas voir l’extrême droite accéder au pouvoir.
L’autre transformation est à relever au sein de la gauche dite de gouvernement, différente de la gauche dite de contestation incarnée par Jean-Luc Mélenchon et sa «France insoumise». Cette gauche qui espère retrouver le pouvoir, depuis que François Hollande avait renoncé à se présenter à un second mandat laissant la place à Emmanuel Macron, est convaincue que si elle veut séduire une majorité de Français, elle doit fatalement donner un autre calibre à son discours sur la sécurité et l’identité. En adoptant une posture plus dure sur les questions migratoires, cette gauche veut absolument se débarrasser des accusations d’incarner un parti « immigrationiste ». Cette réputation qui non seulement fait fuir les électeurs mais les jette dans les bras de l’extrême droite. De l’autre côté de l’échiquier politique, Jean-Luc Mélenchon prend la direction contraire. Peu importe qu’on l’accuse d’ouvrir les portes de la France à l’immigration, peu importe qu’on lui colle l’étiquette d’islamo-gauchiste, censée jouer comme un repoussoir, il joue volontairement sur cette dichotomie avec l’extrême droite en espérant installer un duel final entre lui et Marine Le Pen. Jean-Luc Mélenchon pense que sa victoire est possible en 2027 si jamais il se qualifie pour le second tour. Les raisons de son optimisme sont à trouver dans sa conviction qu’en cas de nécessité absolue, le front républicain fonctionnera à son avantage si demain certains partis de gauche comme de droite n’auront le choix qu’entre lui et la candidate l’extrême droite. Une autre raison qui explique cet optimisme est à trouver dans cette nouvelle réalité politique de 2027.
Si les Français ont cette impression que Marine Le Pen ou Jordan Bardella pourraient devenir le prochain président de la république comme la météo « sondagière » le laisse croire, tous ceux qui, dans le passé , boycottaient les urnes, vont se mobiliser pour aller voter cette fois. La surprise de mobilisation pourrait venir de ces villes et quartiers peuplés de Français d’origine immigrée qui par leur vote pourraient épaissir le plafond de verre qui empêche l’extrême droite d’accéder au pouvoir. 2027 pourrait être la grande surprise de l’extrême droite mais aussi une grande opportunité pour la gauche radicale. Le suspens est total.