Socialisation
Je veux parler ici de notre jeunesse et non pas de la jeunesse, car la «nuance» est d’importance. En effet nous ne pouvons nous targuer et revendiquer nos jeunes qui réussissent et nous défausser dès lors que certains jeunes déraillent, en les rejetant comme extérieurs à la communauté.
Que cela plaise ou non, ils sont eux aussi nos enfants !
Le 30 avril les gradins du classico AS FAR-Raja se sont transformés en arènes : affrontements, dégradations, blessés, chaos… des scènes de violence déjà vues des dizaines de fois ont à nouveau fait pleurer les esprits et les cœurs.
Bien évidemment il nous faut condamner ces actes avec force, les actes et leurs auteurs… ce n’est acceptable en aucune façon. La justice a répondu –avec fermeté–
Cinq matchs à huis clos pour l’AS FAR et trois pour le Raja, 200.000 DH d’amende pour chacun, interdiction de déplacement des supporters jusqu’à la fin de la saison.
Malheureusement je crains que ces peines ne stoppent nullement cette violence qui se déchaîne à intervalle régulier… Pourquoi ? Et bien tout simplement parce que selon moi, ces dérives dépassent largement le cadre du foot.
Revenons quelques mois en arrière : nous avons réussi une CAN absolument exemplaire tant sur le plan de son organisation que celui du flair-play de notre équipe, ou le bon esprit de nos supporters, notamment nos jeunes.
Souvenons-nous alors que nous avions peur de voir un public «kilimini» venir surtout pour se montrer sur les réseaux sociaux et pour les buffets, nous avons eu de vrais supporters qui ont soutenu notre équipe de toutes leurs forces, du début des matchs jusqu’à la fin !
Dans tous les commentaires, dans tous les articles de presse, dans toutes les discussions nous avons tous glorifié nos jeunes, applaudissant leur enthousiasme, leur patriotisme, leur fair-play !
À juste titre, car en effet ils ont été exemplaires – tout comme nos centaines de volontaires – comment donc expliquer que quelques mois après, ces mêmes jeunes tombent dans les travers de la violence extrême ?
J’ai une explication que je tire de mon expérience, de ma présence sur le terrain, de la connaissance et de la confiance dont je bénéficie de la part de ces jeunes. Nous avons en notre sein plusieurs jeunesses, soit, et elles méritent toutes que l’on s’intéresse à elles, mais il est une jeunesse -qui, si l’on ne la prend pas en considération par des actes concrets et impactants – sera une pierre dans la chaussure de notre progrès, dont le leur bien évidemment.
Cette jeunesse est livrée à elle-même, tant sur le terrain que sur le Web, vivant en vase clos, sans image valorisante, sans leaders mais aux mains de dealers, sans moyens, sans lieux de vie…
Sans lieux de vie ? En est-on si sûr ?
Leurs lieux de vie, leurs territoires, leur tribu, leur famille ils les trouve sur les terrains de foot -notamment les gradins- et bien entendu dans les clubs de supporters auxquels ils appartiennent et où ils laissent leur imagination, leurs talents, s’exprimer (regardez la beauté de leurs tifos, l’inventivité de leurs chants…
Hélas bien sûr ne s’y expriment pas seulement les bons sentiments, nous connaissons tous l’effet pervers de la foule, de la «meute» (qu’ils me pardonnent ce terme), ajoutons à cela les frustrations innombrables qui les habitent, la hogra qui les marginalise, la rancœur dont ils sont porteurs -envers tous et envers tout- et enfin regardons les choses en face, ajoutrons à cela la drogue -les drogues qui les tuent à petit feu !
Tous les ingrédients de la violence débridée sont ici réunis…
J’entends tous ceux d’entre vous qui vont me dire : «Mais ils saccagent ce que nous construisons, avec notre argent, pour eux!!!! Quelle ingratitude de leur part ! ».
Certes, mais la déraison, la haine, la rancune ont pris le pas, faute de leur offrir des perspectives, de l’espoir, des débouchés, de la confiance… nous en sommes à récolter les raisins amers de leur colère.
Les stades de foot en sont la scène !
De nature je suis un battant, je suis un optimiste, je suis un militant, un acteur modeste certes, mais j’ai foi en notre jeunesse : toutes nos jeunesses !
Je crois fermement qu’il existe un chemin, qu’il existe une (des) solution(s)…mais cela ne se fera pas d’un claquement de doigt, encore faut-il une volonté, un courage, politique, et pour cela il faut un homme -une femme – qui prendra le problème à bras-le-corps, qui tout d’abord dira les choses, ne se contentera pas de faire du cosmétique, et qui s’emploiera à faire de ces jeunes perdus des jeunes qui reprendront goût -et espoir- à la vie en société.
Cela ne se fera pas sans ces jeunes – car alors cela reviendrait à faire contre eux- alors certes il n’y a pas de recette miracle mais il y a des manches à retrousser.
Commençons donc par créer la structure où ces jeunes seront réellement pris en compte : pas une école, pas une maison de jeunes, pas un terrain de proximité, certainement pas une prison – tout cela nous l’avons -parfois hélas de bric et de broc – créons donc, pour débuter ce vaste chantier de socialisation, une délégation interministérielle pour l’insertion de notre jeunesse !
Oh j’entends déjà les moqueries mais au moins reconnaissez-moi le mérite de proposer (critiquer sans proposer est une lâcheté) et cette délégation ne doit évidemment pas être un gadget, elle doit être un véritable levier, Il existe des structures spécialisées pour tout sauf pour notre jeunesse, alors une délégation dotée d’un pouvoir de mobilisation inter ministérielle et de moyens ne serait-elle pas la bonne réponse au défi majeur qui nous est posé? Essayons au moins, rien n’est pire que l’immobilisme… nos jeunes le valent bien !


