
Campagne présidentielle
Les héritiers présumés de Macron n’ont pas que des failles de bilan à supporter. Ils ont espoir de s’imposer dans cette course grâce à un contexte particulier qui caractérise ces prochaines présidentielles.
Au fur et à mesure la photo présidentielle française commence à se préciser. Si toute la classe politique attend la première semaine de juillet pour connaître le verdict judiciaire sur le sort de Marine Le Pen, les autres formations politiques, a l’exception de la gauche dite de gouvernement, ont fait connaître leurs candidats.
Évidemment il y avait une grande curiosité de connaître l’identité du candidat qui allait porter les couleurs d’Emmanuel Macron, sachant que ce dernier ne peut constitutionnellement concourir pour un troisième mandat. Pour le moment, deux anciens Premiers ministres de Macron ont exprimé cette ambition. D’abord Édouard Philippe, actuel maire du Havre qui s’est positionné depuis longtemps comme l’éventuel héritier du président Macron. Ensuite il y a Gabriel Attal, le Premier ministre qui avait subi de plein fouet les effets de la dissolution.
À voir l’ancienne proximité de ces deux hommes avec Macron, la tentation est grande de les voir incarner le rôle d’héritiers. Et pourtant la situation n’est pas aussi simple. Et sa complexité pour mettre ces deux candidats dans un grand embarras.
Faut-il rappeler que lorsque Macron s’était séparé d’Edouard Philippe, ce dernier avait nourri une certaine aigreur à l’encontre de l’Elysée. Il est vrai qu’il ne s’était pas épanché dans des livres ou des émissions de télévision pour étaler cette rupture mais toute la démarche et les postures d’Édouard Philippe indiquaient une grande amertume.
Le cas n’est pas très différent de Gabriel Attal qui ne semble pas avoir pardonné à Emmanuel Macron sa décision de dissoudre l’Assemblée nationale sans l’avertir et sans tenir compte de ses avertissements selon lesquels une dissolution aussi rapide et aussi improvisée pourrait faire perdre au gouvernement et à Emmanuel Macron sa majorité et le plonger dans une séquence d’impuissance et de paralysie.
Les deux hommes auront du mal à mener une campagne présidentielle en se réclamant du soutien de Macron et de ses amis tout en s’abstenant de défendre son bilan de deux quinquennats. Pour pouvoir creuser leurs sillons face à une offre concurrente et alternative, les deux supposés héritiers de Macron sont censés offrir autre chose que ce qu’ils ont déjà eu l’occasion de mettre en pratique lorsqu’ils occupaient le poste de Premier ministre à Matignon.
Aujourd’hui le grand défi qui les attend est celui de présenter un programme suffisamment différent de la gouvernance de Macron pour pouvoir convaincre et séduire les Français et suffisamment en continuité pour ne pas choquer la base et les alliances électorales qui avaient porté à deux reprises Emmanuel Macron au pouvoir.
Pour la concurrence dans cette course à la présidentielle, qu’elle soit d’inspiration d’extrême droite ou de gauche radicale, cette offre qui se réclame d’une manière ou d’une autre du bilan de Macron sera beaucoup plus facile à battre qu’une autre personnalité qui aspire à apporter une rupture marquante avec la gouvernance Macron.
Les héritiers présumés de Macron n’ont pas que des failles de bilan à supporter. Ils ont espoir de s’imposer dans cette course grâce à un contexte particulier qui caractérise ces prochaines présidentielles. Pour ne citer que ces deux exemples, la gauche écrasée par la prééminence de la candidature de Jean- Luc Mélenchon, le patron de la France insoumise, n’arrive pas à dégager une candidate qui pourrait rassembler la gauche et au-delà pour espérer accéder à une alternative. La multiplicité des candidats, socialiste, vert, communiste participe à affaiblir les chances de cette gauche de revenir au pouvoir.
Le second exemple toucha le spectre politique de la droite traditionnelle. Celle-ci est en train de vivre le même calvaire politique que la gauche dite de gouvernement. Cette droite n’arrive pas à se mettre d’accord sur une seule candidature. Les difficultés d’organiser des primaires à droite montrent à quel point les tensions internes doublées à une guerre des egos est de nature à obérer des chances de succès dans cette élection.
Il est à savoir aujourd’hui quelle posture va adopter le président Macron pour faire gagner le camp qui se réclame sans le dire de son bilan et qui aspire à assurer sa succession. Va-t-il participer de manière ostentatoire à ces élections auprès de ces candidats présentés par les médias comme ses héritiers ? Ou va-t-il observer la discrétion de ceux qui n’ont pas un bilan acceptable à présenter aux Français ?