
Abus sexuels
Douze suspects, dont sept femmes, ont été placés en détention jeudi à Fès, dans une affaire de traite d’êtres humains et d’exploitation sexuelle de pensionnaires d’un établissement social. Le procès s’ouvrira le 28 septembre et de nouvelles plaintes visent d’autres centres de la ville.
A Fès, douze personnes, dont sept femmes, ont été placées en détention préventive, jeudi dernier, pour leur implication dans une affaire de traite d’êtres humains et d’exploitation de personnes vulnérables au sein d’un établissement de protection sociale. Parmi elles figurent un professeur de la faculté des lettres, président de l’association gestionnaire, deux anciens directeurs, un agent de sécurité privé, une ancienne responsable du magasin de l’établissement, un fonctionnaire de l’Entraide nationale, trois éducatrices et trois animatrices, dont une surveillante générale de la maison d’enfants Al Wafae. Le procès s’ouvrira le 28 septembre devant la chambre criminelle près la Cour d’appel de la ville.
L’opération a été menée par la brigade provinciale de la police judiciaire de la préfecture de police de Fès, en étroite coordination avec la Direction générale de la surveillance du territoire et sous la supervision du parquet général. Elle a eu lieu à la suite des investigations approfondies déclenchées après la détection de graves irrégularités dans la gestion de l’établissement. Des pensionnaires en situation difficile auraient notamment été exploités à des fins illégales, en contradiction avec la mission sociale et humanitaire de ces structures.
Le parquet général a ordonné l’incarcération des douze personnes et remis en liberté six autres suspects, dont la gérante d’un atelier de couture, une ancienne directrice, une ancienne présidente de l’association, une animatrice et une assistante sociale. Usant des prérogatives que lui confère l’article 73 du Code de procédure pénale, il les a renvoyés directement devant la chambre criminelle, le dossier étant jugé en état d’être examiné. Les poursuites, engagées au cas par cas, visent notamment la traite d’êtres humains à l’encontre d’une femme et d’un mineur de moins de 18 ans, les coups et blessures et toute autre forme de violence, l’attentat à la pudeur avec violence sur mineurs, l’abus de confiance et la non-dénonciation d’un crime. Les mis en cause encourent de lourdes peines au titre de la loi 27.14 relative à la lutte contre la traite des êtres humains, qui alourdit les sanctions pour quiconque abuse de son autorité ou de sa tutelle sur des mineurs ou des personnes privées de soutien familial.
Les enquêteurs ont convoqué un déclarant et quatorze victimes pour entendre leurs témoignages. La plupart vivaient dans l’établissement dans des conditions de grande précarité. Elles ont livré des récits accablants sur les violences sexuelles subies avant d’être réparties entre deux centres sociaux, certaines ayant été évacuées. L’une d’elles a été interpellée avec des homosexuels dans une maison close.
Plusieurs victimes ont par ailleurs été examinées par un médecin spécialiste à l’hôpital Ghassani afin de vérifier des abus sexuels répétés et récents.
L’affaire aurait éclaté après la diffusion, sur YouTube, d’une vidéo par un influenceur homosexuel marocain établi en Turquie. Il y rapportait des témoignages d’anciens et actuels pensionnaires, dont des mineurs, accusant un ancien responsable de les avoir exploités sexuellement et menacés d’expulsion en cas de refus, tout en les enrôlant dans des vols et à des pratiques liées à la prostitution.
De nouvelles plaintes visant d’autres établissements de la ville sont depuis parvenues au procureur du Roi, encouragées par les arrestations. Les enquêteurs élargissent leurs vérifications aux registres d’hébergement, aux circuits d’aide et aux conditions de vie des pensionnaires dans plusieurs centres.
De nouvelles interpellations, y compris pour complicité ou dissimulation, ne sont pas exclues.