Arnaque
Tombée dans les filets des escrocs à la Samaoui, une couturière de Fquih Ben Saleh a découvert deux simples pierres à la place de ses bijoux en or d’une valeur de 300 mille dirhams.

Ce lundi 29 décembre 2025, vers l’après-midi, le jardin qui borde le cimetière islamique du quartier Jamila, à Fquih Ben Saleh, baignait dans une quiétude trompeuse. Une sexagénaire, couturière de métier, portait sur ses épaules le poids d’une vie modeste, partagée entre son travail, son frère et sa mère malade, clouée au lit dans la petite maison familiale du lotissement Ghizlane. Elle avançait lentement lorsque deux personnes inconnues l’ont abordée. Leurs paroles étaient douces, presque rassurantes. Leur regard, insistant. Peu à peu, ils ont brouillé ses repères, l’enveloppant de mots chargés de mystère et de promesses.

Ils parlaient de bénédiction, de protection, de forces invisibles. Ils la soumettaient à la technique connue sous le nom de «Samaoui» utilisée par des arnaqueurs qui se font passer pour des fkihs, dotés de pouvoirs surnaturels, la baraka et qui entrent en contact direct et exploitent la superstition des victimes, principalement des femmes, à qui ils proposent de purifier leurs bijoux et leur argent d’une malédiction avant de les subtiliser. La femme les entendait attentivement, ne leur demandait plus d’explication. Elle baissait sa tête tout en disant de temps en temps «Taslim». Bref, elle obéissait. Les deux hommes l’ont accompagnée jusqu’à son domicile. Les deux inconnus qui ont garé leur voiture juste à l’entrée de la maison lui ont demandé de leur apporter ses bijoux en or. Ils disaient qu’il fallait souffler la baraka dessus pour qu’ils se multiplient. Ils ont surtout brandi la peur en lui disant que sa mère mourra si le rituel n’est pas accompli.

À l’intérieur de la maison, la mère malade reposait, fragile, et le frère observait sans saisir ce qui se jouait. Les mains tremblantes, la couturière a sorti un à un les bijoux qu’elle gardait depuis des années. Des alliances, des bracelets, des colliers, sont le fruit des dizaines d’années de travail acharné et d’économies silencieuses. Elle les a remis sans un mot. En échange, on lui a tendu quelques pierres enveloppées dans des pages de journal tout en l’ordonnant de ne l’ouvrir qu’au mois de Chaâbane, sinon la bénédiction s’envolera. Les deux hommes sont montés à bord de la voiture grise de location, conduite par un troisième complice, et se sont volatilisés. Ce n’est que le soir, vers 22 h, que la réalité s’est imposée, brutale.

Comme si la couturière s’est réveillée d’un profond sommeil. Elle a ouvert le papier journal pour ne trouver que deux pierres. Sans tarder, elle s’est présentée, encore sous le choc, devant les éléments de la police judiciaire qui relèvent du district provincial à la sûreté de Fquih Ben Saleh. Elle a porté plainte. La machine judiciaire a été mise en branle. Caméras de surveillance, recoupements et coordination avec d’autres services ont permis de reconstituer le puzzle. Moins de vingt-quatre heures plus tard, mardi 30 décembre 2025, à Casablanca, le principal suspect est mis hors d’état de nuire, un homme de soixante-quatre ans, repris de justice pour son implication dans des affaires d’escroquerie. Il a été conduit à Fquih Ben Saleh pour être soumis aux interrogatoires puis traduit, le jeudi 1er janvier 2026, devant le procureur du Roi près le tribunal de première instance de la même ville. Ses deux complices dont le chauffeur de voiture, identifiés, sont encore en fuite et font l’objet de note de recherche à l’échelle nationale.

 

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