
À l’approche des élections, il existe au fond deux manières de vouloir devenir plus fort. Construire et développer sa propre force ou essayer de prendre celle des autres.
Un parti politique se construit normalement dans le temps. Il développe une organisation, forme des cadres, prépare la jeune relève, fait émerger des élus, travaille son implantation territoriale, va chercher des militants, produit des idées et, le moment venu, présente tout cela aux électeurs. C’est long. C’est difficile. Et le résultat n’est logiquement jamais garanti. Certes. Mais c’est cela aussi toute la noblesse et le sens de l’action politique et partisane. La vraie.
Il existe évidemment un raccourci beaucoup plus «confortable» : attendre que le travail ait été fait ailleurs et, à l’approche des élections, aller chercher des élus, des responsables et des candidats déjà installés.
C’est précisément ce que le RNI vient de décider de dénoncer publiquement. Et il ne parle pas dans le vide. Il donne des noms, cite des cas, évoque même des approches qui auraient atteint l’un des membres de son Bureau politique. Surtout, il désigne directement et nommément le PAM, pourtant son partenaire dans la majorité gouvernementale (lire l’article en page 8).
Certains peuvent toujours considérer que cela fait partie de la normalité du jeu politique. Les changements d’étiquette n’ont évidemment pas commencé en 2026 et aucun parti marocain ne peut prétendre avoir traversé toute son histoire à l’abri des mouvements d’élus.
Mais à quelques mois d’une nouvelle échéance électorale, la vraie question que semble soulever le RNI est plutôt de savoir quelle compétition politique nous voulons.
Si les partis se sont accordés pour réclamer davantage de transparence, de probité et d’égalité des chances, il serait pour le moins curieux que la première bataille consiste ensuite à compter combien chacun réussira à prendre chez l’autre.
Le RNI, lui, fait en tout cas un choix politique clair et respectable. Il affirme qu’il ne répondra pas par les mêmes méthodes et qu’il ira aux prochaines élections avec son bilan, son programme, ses femmes et ses hommes.
Les Marocains jugeront naturellement tout cela. C’est même exactement leur rôle.
Le parti qui dirige aujourd’hui le gouvernement aura un bilan à défendre. Ses concurrents auront tout loisir de le contester, de proposer mieux, de montrer leurs propres équipes et de convaincre les électeurs qu’ils méritent davantage leur confiance. C’est ce que devrait être une bataille politique.
Et elle serait certainement beaucoup plus utile que celle consistant à savoir qui aura réussi, quelques mois avant le scrutin, à débaucher le plus grand nombre d’élus de chez le voisin. Car gagner une élection est une chose. Construire la force politique qui permet de la gagner en est une autre…