Outrage
Elle voulait accuser, elle a fini par avouer. Entre mensonge construit et réalité médicale, une affaire troublante où la victime présumée est devenue l’accusée.

La nuit du mercredi 29 avril est tombée sur la ville de Sefrou quand la porte du service des urgences de l’hôpital Mohammed V s’est ouverte en urgence pour accueillir une civière transportant une jeune femme de dix-neuf ans, le visage blême et le corps affaibli par une hémorragie alarmante. Le personnel soignant s’est mobilisé immédiatement. La situation était critique. Entre deux gémissements, la jeune femme a murmuré une histoire glaçante: deux jeunes hommes, une forêt et une violence. Les mots «viol collectif» se sont propagés dans les couloirs comme une onde de choc. Son état de santé n’a laissé aucune place à l’attente. Le corps médical a décidé de la transférer en urgence au centre hospitalier universitaire Hassan II de Fès, mieux équipé pour faire face à la gravité de la situation.
Dans l’ambulance, elle a continué de livrer des détails. Deux agresseurs, l’un grand, l’autre plus petit, une agression répétée dans le quartier de la forêt de Belahmar, a-t-elle dit.
Son récit semblait cohérent, douloureux et crédible. Pendant ce temps, la machine judiciaire de Sefrou s’est mise en branle. Les enquêteurs ont récupéré son téléphone portable. Les messages, les contacts et les historiques d’appels ont commencé à raconter une tout autre histoire. L’un des deux prétendus agresseurs n’était pas un inconnu. C’était son ex-amant, un jeune homme avec lequel elle avait entretenu une relation amoureuse tumultueuse, jusqu’à ce qu’il ait décidé d’y mettre un terme. Les deux hommes ont rapidement été localisés, interpellés et placés en garde à vue. L’enquête a semblé suivre son cours normal. Mais à Fès, dans la salle d’examen du CHU, quelque chose ne collait pas. Le médecin traitant, méthodique et expérimenté, a observé la blessure avec attention.
Ce qu’il a vu ne correspondait pas au tableau clinique d’une agression sexuelle. La plaie était profonde, nette et caractéristique, celle d’un instrument tranchant, un rasoir très précisément. Pas les stigmates d’une violence subie, mais la marque froide d’un geste délibérément infligé à soi-même. Il a alerté immédiatement les enquêteurs. Confrontée à cette réalité médicale implacable, la jeune femme du quartier Chaâba s’est effondrée. Les dénégations ont cédé la place aux aveux. Oui, elle s’était blessée elle-même, avec une lame de rasoir. Non, il n’y avait eu ni agression, ni forêt, ni deux inconnus. Tout avait été fabriqué, minutieusement mis en scène pour une seule et unique raison : se venger de celui qui avait osé la quitter. Elle avait voulu le voir derrière les barreaux, lui qui avait des antécédents judiciaires, lui qui avait refusé de revenir vers elle malgré ses supplications. Elle avait imaginé que son plan était infaillible.
Elle n’avait pas envisagé la perspicacité du corps médical, ni la rigueur des enquêteurs.
Le vendredi matin, 1er mai, tous trois ont été présentés au procureur de Roi près le tribunal de première instance à Sefrou. L’un des deux jeunes hommes a été libéré, faute de charges. L’ex-petit ami a été poursuivi pour débauche. Quant à elle, la jeune femme qui s’était rêvée en victime, elle s’est retrouvée accusée de débauche et d’outrage à la police judiciaire en inventant des faits criminels. Tous deux ont été remis en liberté, mais placés sous contrôle judiciaire.

 

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