
Le tableau brossé met en avant une dynamique contrastée : la progression de l’activité a toutefois été accompagnée par une baisse des performances financières, révélant les tensions croissantes entre expansion de l’offre de crédit, maîtrise du risque et rentabilité.
Inclusion : Si la microfinance continue d’affirmer son rôle d’outil d’inclusion financière, la croissance des encours ne suffit plus à garantir une amélioration des performances économiques. Pour les institutions, le défi consiste désormais à concilier leur vocation sociale et les exigences de pérennité financière, en maîtrisant davantage le risque de crédit tout en poursuivant le financement des populations les plus vulnérables.
Longtemps considérée comme l’un des principaux leviers de l’inclusion financière au Maroc, la microfinance occupe une place stratégique dans le financement des populations souvent peu desservies par le système bancaire classique.C’est d’ailleurs le rôle reconnu par la Stratégie nationale d’inclusion financière, qui fait de la microfinance l’un des instruments essentiels pour élargir l’accès au financement des segments les plus vulnérables, en favorisant la création des activités génératrices de revenu et ainsi des emplois. Mais derrière cette mission sociale se dessine un défi de plus en plus important : celui de la soutenabilité économique des institutions de microfinance. Un an après la publication du décret n° 2.25.450, ayant introduit une refonte du cadre réglementaire du secteur en relevant les plafonds de financement afin de renforcer l’autonomie économique des populations à faible revenu et de soutenir l’entrepreneuriat, notamment dans les zones rurales et périurbaines, une question s’impose : les institutions de microfinance disposent-elles des équilibres financiers nécessaires pour accompagner cette nouvelle dynamique ? Si cette réforme traduit une volonté claire des pouvoirs publics d’élargir le champ d’action du secteur, elle accroît les exigences en matière de gestion des risques et de soutenabilité financière. Les derniers résultats disponibles, portant sur l’exercice 2025, permettent d’apporter un premier éclairage sur cette problématique. Le tableau brossé met en avant une dynamique contrastée : la progression de l’activité a toutefois été accompagnée par une baisse des performances financières, révélant les tensions croissantes entre expansion de l’offre de crédit, maîtrise du risque et rentabilité.
À fin 2025, le réseau des institutions de microfinance s’affiche en baisse de 1,6% à 1.647 points de vente, après une hausse de 1 ,2% l’année passée, en lien avec le retrait d’agrément d’une association de microfinance. Ces établissements ont desservi 740.000 clients, dont 48 % de femmes. En termes des prêts, l’encours brut des microcrédits a atteint 10,6 milliards de dirhams, en hausse de 11,1 % par rapport à l’année précédente. L’encours moyen par bénéficiaire est passé de 12.760 à 14.293 dirhams, traduisant une progression du volume de financement accordé. Cette dynamique demeure toutefois fortement concentrée. Les quatre principales associations distribuent à elles seules plus de 98% des microcrédits. Il ressort par ailleurs que près de 89% des financements sont destinés à la micro-entreprise, tandis que l’habitat social représente 11% des crédits. La répartition géographique des prêts révèle pour sa part une forte distribution en ville. En effet, les microcrédits sont accordés majoritairement en milieu urbain (86 %) et prennent essentiellement la forme de crédits individuels (89 %), se situant ainsi à un niveau stable. A l’heure où l’activité commerciale est restée dynamique, les performances financières témoignent d’une évolution moins favorable. Le résultat net cumulé du secteur s’est établi à 164 millions de dirhams en 2025, contre 248 millions de dirhams un an auparavant, soit une baisse de près de 34 %, notons que trois associations ont clôturé l’exercice sur un résultat déficitaire. Dans le même temps, les créances en souffrance ont progressé de 13 % pour atteindre 509 millions de dirhams. Cette hausse des impayés constitue l’un des principaux défis auxquels les institutions de microfinance sont confrontées, même si elles restent provisionnées à hauteur de 71 %. Parallèlement, les institutions ont accru leur recours au financement bancaire, dont l’encours a atteint 6,7 milliards de dirhams, représentant 69% de leurs ressources, tandis que leurs disponibilités placées auprès des banques ont reculé de 21 %. Les fonds propres ont néanmoins poursuivi leur renforcement pour atteindre 2,99 milliards de dirhams, contre 2,83 milliards une année auparavant, confortant la solidité financière globale des institutions.
Ce qui change avec le nouveau cadre réglementaire de la microfinance
Réforme: L’année 2025 a marqué une étape importante dans l’évolution du secteur de la microfinance au Maroc avec la publication, le 15 juillet 2025 au Bulletin officiel, du décret n° 2.25.450. Ce texte remplace le décret en vigueur depuis 2019 et s’inscrit dans la continuité des réformes engagées par la loi n° 50.20 relative au microcrédit. Son objectif est d’adapter le cadre réglementaire aux nouvelles réalités économiques, de renforcer l’inclusion financière et d’élargir l’accès au financement des populations à revenu modeste. L’un des éléments saillants de cette réforme est le relèvement significatif des plafonds de financement. Les associations de microcrédit peuvent désormais accorder jusqu’à 50.000 dirhams pour financer des activités de production, de services ou toute autre activité génératrice de revenus. Ce plafond est porté à 100.000 dirhams lorsque le financement est destiné à l’acquisition, la construction ou la rénovation d’un logement, y compris son raccordement aux réseaux d’eau potable et d’électricité. Il peut atteindre 150.000 dirhams pour les bénéficiaires exerçant une activité économique formelle, notamment les commerçants,
les auto-entrepreneurs, les agriculteurs, les membres de coopératives ou les personnes assujetties à la taxe professionnelle. Le décret introduit également un cadre spécifique pour les institutions de microfinance constituées en sociétés anonymes et agréées en tant qu’établissements de crédit. Le plafond global des prêts qu’elles peuvent octroyer est fixé à 1,2 million de dirhams. En parallèle, le texte encadre les montants des ressources qu’elles sont autorisées à recevoir, avec des plafonds différenciés selon le profil des déposants : 10 millions de dirhams pour les personnes exerçant une activité économique formelle, 2 millions de dirhams pour les autres personnes physiques et 400.000 dirhams pour les dépôts d’épargne. À travers ces nouvelles dispositions, les pouvoirs publics entendent renforcer l’autonomie économique des ménages et des très petites unités productives, soutenir l’entrepreneuriat, notamment dans les zones rurales et périurbaines, et favoriser un développement plus inclusif du secteur de la microfinance, tout en offrant un cadre réglementaire plus adapté à l’évolution des besoins de financement.