Malika Laaouari, présidente de la coopérative Targa Tamaynoute : «Nous voulons que le tapis de l’Atlas retrouve la place qu’il mérite»

«Nous considérons l’artisanat comme une des formes exemplaires de l’activité humaine», a dit un jour Simone de Beauvoir. Dans cet entretien, Malika Laaouari nous tisse un tapis multicolore où la couture, le tissage et la broderie érigent en piédestal une histoire, une identité et une mémoire collective… Les détails.

ALM : Vous présidez la coopérative Targa Tamaynoute, implantée en milieu rural à Adouz, province de Beni Mellal. Pouvez-vous nous présenter votre parcours et celui de votre coopérative ?

Malika Laaouari : Mon nom signifie «la montagne», un symbole qui reflète parfaitement mes origines et mon attachement au Moyen Atlas. La coopérative comme vous l’avez cité est située au douar Adouz, dans la commune de Foum El Anceur.
La coopérative a été créée le 10 janvier 2019. Nous étions un groupe de femmes. Nos débuts ont été très modestes. Nous travaillions avec un équipement très limité. Nous étions assises sur de simples tabourets, mais nous étions animées par une volonté commune de préserver notre patrimoine artisanal. Aujourd’hui, un grand nombre de femmes participe régulièrement à cette aventure.

Le tapis constitue le cœur de votre activité. Quelles sont les principales créations réalisées par votre coopérative ?

Notre spécialité est le tapis traditionnel de l’Atlas, entièrement confectionné à partir de laine locale. Nous réalisons également des zarbiates ainsi que différents travaux de couture, de broderie et de randa, à la main et à la machine.
Je suis particulièrement fière d’avoir redonné vie à la zarbia mellalie, un patrimoine textile propre à la région de Béni Mellal qui avait pratiquement disparu. Après avoir retrouvé un ancien modèle, je l’ai étudié puis reproduit afin de préserver ce savoir-faire et de le transmettre aux générations futures.

D’où vous vient cette passion pour le tissage traditionnel ?

C’est une passion héritée depuis mon enfance. Je suis originaire de la région de Khénifra où l’apprentissage du tissage fait partie de la culture familiale. J’ai commencé à tisser à l’âge de dix ans. Depuis, je n’ai jamais cessé de pratiquer cet art. Chaque tapis raconte une histoire, porte une identité et perpétue une mémoire collective.

Votre coopérative a-t-elle bénéficié d’un accompagnement pour développer ses activités ?

Oui. Nous avons bénéficié du soutien d’un programme américain qui nous a permis d’acquérir des équipements plus modernes et des métiers à tisser professionnels. Cette aide a considérablement amélioré nos conditions de travail.
Nous avons également participé à une importante exposition à Marrakech en 2019. Depuis, nous prenons part essentiellement aux salons et foires organisés dans la région de Béni Mellal-Khénifra.

Malgré ces avancées, quels sont aujourd’hui les principaux défis auxquels vous êtes confrontés ?

Notre principale difficulté reste la commercialisation. Nous fabriquons des produits de qualité, mais notre coopérative est située dans une zone rurale relativement éloignée des grands circuits commerciaux. Nos ventes demeurent donc limitées au marché local.
Nous avons besoin d’une meilleure visibilité et d’outils modernes de promotion. La création d’une plateforme numérique ou d’un site internet dédié aux coopératives artisanales constituerait une véritable opportunité pour faire connaître nos produits au niveau national, voire international.
Lorsque les tapis restent longtemps en stock, ils risquent de se détériorer. C’est pourquoi la commercialisation est aujourd’hui notre priorité.

Les conditions de travail constituent-elles également un frein au développement de votre coopérative ?

Absolument. Notre local actuel est très exigu. Il ne répond plus aux besoins de notre activité. Pour permettre à la production de se poursuivre, j’accueille souvent les artisanes chez moi afin qu’elles puissent continuer à travailler. C’est un sacrifice personnel que j’accepte volontiers parce que je crois profondément à cette coopérative et à sa mission.
Nous espérons disposer, à l’avenir, d’un espace plus vaste, mieux équipé et plus adapté à nos ambitions.

Quel message souhaitez-vous adresser aux responsables et aux partenaires susceptibles de soutenir votre coopérative ?

Nous ne demandons pas uniquement une aide financière. Nous avons surtout besoin d’accompagnement pour commercialiser nos créations, promouvoir notre savoir-faire et préserver un patrimoine artisanal ancestral. Le tapis de l’Atlas fait partie de l’identité culturelle marocaine. En soutenant les coopératives, on contribue non seulement à sauvegarder cet héritage, mais aussi à créer des revenus pour les femmes rurales et à renforcer leur autonomie économique.
Notre ambition est simple : faire en sorte que le tapis de l’Atlas continue de vivre, d’être apprécié et de rayonner bien au-delà de notre région.

 

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