Un penalty se joue surtout dans la tête

Lorsque le stade retient son souffle, que le score est suspendu à un seul tir et que des milliers de personnes vous regardent… ce ne sont parfois plus les pieds qui font la différence. C’est ce qui se passe entre les deux oreilles.

Je ne suis ni entraîneuse de football, ni analyste sportive. Et cette chronique n’a certainement pas vocation à expliquer aux Lionnes de l’Atlas comment taper dans un ballon.
En revanche, je travaille depuis des années sur la communication, les soft skills, la psychologie positive, la gestion du stress et la posture mentale face aux situations à fort enjeu.
Et en regardant cette CAN féminine, une chose m’a particulièrement interpellée : nos penalties.
D’abord face au Sénégal. Un penalty pour Yasmin Mrabet. Raté. À retirer. Deuxième tentative : ratée à nouveau.
Puis cette demi-finale contre le Cameroun. 0-0 au terme du match. Place aux tirs au but. Et là encore, les difficultés s’enchaînent : le Maroc s’incline 3 tirs au but à 1.
Et hier, j’étais dans les tribunes du Stade Olympique de Rabat pour cette petite finale face à l’Algérie.
Une belle première période. Un but marocain. Une équipe qui semblait avoir le match en main.
Puis, progressivement, quelque chose change. Moins d’intensité, peut-être un peu de relâchement. L’Algérie égalise à la 83e minute.
Et puis arrive cette incroyable occasion dans le temps additionnel : un penalty.
Le penalty qui peut offrir la troisième place au Maroc.
Nouhaila Benzina s’avance.
Poteau.
Quelques minutes plus tard, nouvelle séance de tirs au but.
Et nouvelle défaite.
Évidemment, un penalty peut être raté. Les plus grands joueurs et les plus grandes joueuses du monde en ont raté. Ce n’est pas le sujet.
Lorsque le même scénario se répète plusieurs fois dans une même compétition, je pense qu’il devient légitime de poser une autre question :
Et si le problème n’était plus seulement technique ?
Parce que je suis presque certaine d’une chose: à l’entraînement, ces joueuses savent tirer des penalties.
Elles savent placer un ballon. Elles connaissent leur geste. Elles ont des centaines, probablement des milliers d’heures de football derrière elles.
Entre tirer un penalty à l’entraînement et s’avancer seule face à une gardienne, dans un stade rempli, avec tout un pays qui attend derrière vous, il existe une énorme différence.
Cette différence s’appelle la pression.
Et la pression peut transformer un geste parfaitement maîtrisé en un geste que l’on ne reconnaît plus.
C’est là qu’intervient le mental.
«Il ne faut surtout pas que je rate».
Cette petite phrase paraît anodine.
Elle ne l’est pas.
Parce qu’au moment où je me répète :
«Il ne faut pas que je rate».
qu’est-ce que mon cerveau entend ?
«Rater».
Je commence à visualiser l’échec. Je regarde davantage la gardienne. Je pense au score. Aux supporters. Aux conséquences. À ce qui se passera si…
Progressivement, mon attention quitte le geste pour aller vers l’enjeu du geste.
C’est exactement à ce moment-là que la communication intérieure et la visualisation positive deviennent fondamentales.
Au lieu de :
«Il ne faut pas que je rate».
il faut apprendre à construire un discours tourné vers l’action et vers la réussite :
«Je sais le faire».
«Je choisis mon côté».
«Je respire».
«Je frappe».
«Je vais chercher ce filet».
Et surtout :
JE VAIS MARQUER.
JE VAIS LE RENTRER.
Parce qu’il ne suffit pas de visualiser le geste.
Il faut aussi visualiser positivement son résultat.
Voir mentalement le ballon partir.
Le voir prendre la direction choisie.
Le voir entrer.
Voir le filet bouger.
Entendre presque le stade exploser.
Ressentir, quelques secondes avant même de tirer, cette sensation de réussite.
La visualisation positive permet justement de donner au cerveau une image claire de ce vers quoi nous voulons aller, plutôt que de le nourrir de l’image de ce que nous redoutons.
Ce n’est pas de la pensée magique.
Ce n’est pas répéter «je vais gagner » en espérant que le ballon obéisse.
C’est entraîner son cerveau à rester focalisé sur ce qu’il veut accomplir, plutôt que sur ce qu’il a peur de rater.
Un penalty est aussi une posture de leader.
À cet instant, la joueuse est seule.
Il n’y a plus de collectif pour cacher une hésitation. Plus de passe possible. Plus de coéquipière à qui donner le ballon.
Il y a elle, le ballon, la gardienne et quelques secondes.
Et c’est précisément là que la posture de leader apparaît.
Pas le leadership de celle qui crie le plus fort ou qui porte nécessairement le brassard.
Le leadership envers soi-même.
Celui qui permet de se dire :
«Oui, l’enjeu est énorme. Oui, j’ai peur. Je sais ce que j’ai à faire».
Respirer.
Se recentrer.
Choisir.
Visualiser.
S’engager dans son geste.
Et accepter que le résultat ne soit jamais garanti.
Parce que la véritable préparation mentale n’apprend pas à ne jamais rater.
Elle apprend à ne pas être paralysé par la possibilité de rater.
Et ça change tout.
Le mental aussi s’entraîne
Le football féminin marocain grandit. Ces Lionnes ont du talent, de l’expérience et ont réalisé un parcours qui mérite d’être salué.
Cette CAN nous montre également, à mon sens, une piste de travail très concrète.
On entraîne les jambes.
On entraîne les passes.
On entraîne les tirs.
On entraîne les penalties.
Il faut aussi entraîner ce qui se passe dans la tête juste avant le penalty.
La respiration.
La visualisation positive.
Le discours intérieur.
La concentration.
La gestion de la pression.
La confiance en soi.
La capacité à revenir dans l’instant présent.
Et cela ne se travaille pas uniquement le jour d’une demi-finale ou d’une petite finale.
Cela se prépare bien avant, exactement comme un geste technique.
Parce qu’au plus haut niveau, tout le monde sait taper dans un ballon.
Lorsque le stade retient son souffle, que le score est suspendu à un seul tir et que des milliers de personnes vous regardent…
ce ne sont parfois plus les pieds qui font la différence.
C’est ce qui se passe entre les deux oreilles.
Et peut-être que le prochain penalty des Lionnes de l’Atlas devra commencer à être travaillé là.

 

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