
Cambriolage
Pendant quatre ans, le spectaculaire cambriolage d’une villa du quartier Charaf, à Sidi Kacem, est resté une énigme pour les enquêteurs. Plus de 4,2 millions de dirhams en argent liquide, devises et bijoux avaient disparu sans laisser de traces. Jusqu’au jour où une vidéo publiée sur TikTok, montrant une jeune femme portant des bijoux lors d’un mariage, ait permis à la Brigade nationale de la police judiciaire de remonter toute la filière.
La nuit du mois de mars 2021 était silencieuse sur Sidi Kacem. Dans le quartier résidentiel de Charaf, les lumières de la villa se sont éteintes depuis longtemps. Son propriétaire, un homme d’affaires prospère dont les activités se sont étendues de Tanger aux Pays-Bas, est parti pour l’un de ses habituels voyages. Son épouse aussi était absente. La demeure était vide. Quatre silhouettes cagoulées ont surgi dans l’obscurité. Armées de couteaux et de matraques, elles ont escaladé le mur d’enceinte avec une agilité qui trahissait une préparation minutieuse. À l’intérieur, elles savaient exactement où chercher : un dressing, un coffre en bois et des liasses de billets soigneusement rangées. En quelques heures, elles sont reparties avec leur butin : 2 millions de dirhams, 60 mille euros et une collection de bijoux en or sertis de diamants d’une valeur estimée à un million 160 mille dirhams. Une voiture de location les a attendues dans l’ombre, garée à un endroit stratégiquement choisi pour échapper aux caméras de surveillance. Au total, plus de 4 millions 200 mille dirhams se sont évaporés dans la nuit.
Quelques jours plus tard, au retour du couple, la stupeur a laissé place à la colère. Une plainte a été déposée, et la police judiciaire relevant du district de la sûreté de Sidi Kacem s’est mise à l’œuvre. Les caméras de surveillance installées dans les quatre coins de la villa ont bien capté quelque chose : quatre formes sombres, cagoulées et insaisissables. Les images ont été transmises aux services techniques, mais la qualité médiocre des enregistrements n’a permis aucune identification. Des gants retrouvés aux abords de la propriété ont été envoyés pour analyse ADN. Résultat : négatif. La plaque d’immatriculation du véhicule ? Impossible à lire dans l’obscurité. L’affaire qui a été ensuite mise entre les mains des éléments de la Brigade nationale de la police judiciaire s’est enlisée. Les mois sont passés, puis les années. La villa du quartier Charraf a rejoint la longue liste des crimes non résolus, et les coupables ont semblé avoir disparu dans la nature. Jusqu’à ce que TikTok s’en soit mêlé. C’est un détail anodin, au premier regard, qui a relancé tout. Un mariage quelque part, filmé et publié sur les réseaux sociaux comme tant d’autres. Deux vidéos qui ont défilé parmi des millions. Sur l’une, des mains qui ont compté des billets. Sur l’autre, une jeune femme parée de bijoux en or qui a souri à l’objectif. Des images que presque personne n’a remarquées, sauf la femme qui a reconnu ses propres bijoux. Convoquée par la Brigade nationale de la police judiciaire, qui a repris l’enquête sur instruction directe du parquet généralement près la Cour d’appel de Kénitra, l’épouse de l’homme d’affaires est restée figée devant l’écran. Cette bague sertie de diamants, son mari la lui avait ramenée de l’étranger. Elle était là, au doigt d’une inconnue, dans une fête quelque part au Maroc.
La jeune femme portant les bijoux a été identifiée, puis son entourage, puis les intermédiaires. Une chaîne humaine s’est dessinée progressivement, révélant l’architecture d’un crime qui n’avait rien d’improvisé. Deux bijoutiers ont également été interpellés. Ils ont acheté une partie des bijoux volés, mais de bonne foi.
La voiture de location utilisée cette nuit-là a été retrouvée. Son système de géolocalisation, dont la mémoire n’a pas été effacée, a constitué une preuve irréfutable : le véhicule a bien stationné devant la villa au moment précis du vol. Mais la révélation la plus troublante a concerné l’un des suspects. Parmi les hommes interpellés, l’enquête a confirmé ce que l’homme d’affaires a soupçonné depuis le début : l’un des coupables était son ami, qui savait qu’il était parti à Tanger, que son épouse était absente. Il a transmis ces informations aux autres membres de la bande, permettant de choisir la nuit idéale pour frapper. Durant toute la durée de l’enquête, il a nié. Mais les preuves accumulées en trois ans d’investigations ont parlé plus fort que ses dénégations.
Cinq ans plus tard, lundi 11 mai 2026, la chambre criminelle de la Cour d’appel de Kénitra a rendu son verdict contre les neuf mis en cause dont deux jeunes femmes en condamnant le cerveau de l’opération de cambriolage à sept ans de réclusion criminelle. Chacun de ses deux complices principaux a écopé de six ans de réclusion criminelle et chacun de ses deux participants à cinq ans. Chacune des deux jeunes femmes a été condamnée à deux ans de prison dont un an ferme et l’autre avec sursis. Quant aux deux bijoutiers, ils ont été acquittés.