Organisation.
C’est une refonte en profondeur de l’université marocaine qui s’opère, touchant à la fois l’organisation des études, la gouvernance, la recherche, la place du privé et le lien avec l’économie. Il est clair que le gouvernement, à travers un ensemble de mesures convergentes, entend poursuivre la modernisation du système universitaire et renforcer son rôle dans la formation des compétences nécessaires au développement du pays


La loi n°59.24, considérée par certains observateurs comme une adaptation du système aux défis du siècle, est entrée en vigueur après sa publication au Bulletin officiel le 11 février 2026. Ce texte abroge entièrement la loi 01.00 du 19 mai 2000, qui a structuré l’université marocaine pendant plus de 25 ans. Une nouvelle ère s’ouvre ainsi avec cette loi composée de 113 articles répartis en onze titres, dans la continuité de la loi-cadre 51.17 de 2019 visant à réformer l’ensemble du système éducatif marocain.
La nouvelle loi prévoit notamment la mise en place d’une stratégie nationale de recherche et d’innovation régulièrement actualisée, ainsi que la création de nouvelles structures de financement. Elle introduit également les « cités de l’innovation » au sein des pôles universitaires, destinées à favoriser l’émergence de startups technologiques et à accélérer le transfert de technologies vers les entreprises. Certaines procédures budgétaires liées aux projets de recherche sont par ailleurs simplifiées. Autant d’innovations qui contribueront à structurer et à renforcer l’écosystème national de recherche.

L’article 30, relatif à la composition du nouveau conseil d’université, illustre pleinement l’esprit de cette réforme. Parmi les nouveaux membres figure désormais un représentant de la Confédération générale des entreprises du Maroc (CGEM), qui obtient un siège de droit au sein de cette instance stratégique. Parallèlement, la représentation des enseignants-chercheurs évolue : là où chaque établissement disposait auparavant de trois représentants élus, la nouvelle architecture n’en prévoit désormais qu’un seul par établissement. L’objectif affiché est de rapprocher les universités des dynamiques régionales de développement, tout en renforçant le dialogue avec les acteurs socio-économiques.

Pour de nombreux observateurs, la réforme marque surtout un changement de culture institutionnelle. L’université n’est plus envisagée uniquement comme une communauté académique autonome, mais comme une institution pleinement insérée dans un écosystème territorial et économique plus large. Par ailleurs, l’article 41 autorise désormais les universités à créer des sociétés anonymes dédiées au développement de la formation, de la recherche et de l’innovation, et à y prendre des participations. Une disposition qui pourrait favoriser la valorisation économique de la recherche scientifique et encourager plus fortement le transfert de technologies vers le tissu productif.

Pour une université plus agile et mieux outillée
Dans cette perspective, l’université est appelée à devenir non seulement un lieu de production du savoir, mais aussi un véritable acteur de l’innovation économique. Parmi les innovations institutionnelles majeures figure la création du conseil des « gouverneurs ». Cette instance régionale réunit autour d’une même table des représentants de l’État, des collectivités territoriales, du monde académique et de l’environnement économique. Présidé par une personnalité nommée par décret, ce conseil rassemble notamment les walis de région, les présidents des Conseils régionaux, des représentants de l’Académie Royale ainsi que des personnalités issues des sphères scientifique et économique. Certes, les avis de cette instance demeurent consultatifs, mais son rôle ne se limite pas à une fonction symbolique. Le président d’université est tenu de répondre à ses recommandations dans un délai de soixante jours, et l’instance peut adresser un rapport annuel directement au Chef du gouvernement. Il ne s’agit donc pas d’un contre-pouvoir institutionnel classique, mais plutôt d’un mécanisme de supervision stratégique introduisant un regard extérieur permanent sur l’orientation des universités.

Sur un autre volet, l’article 76, consacré à la politique linguistique, affirme la volonté de renforcer la place des langues nationales, l’arabe et l’amazigh, tout en encourageant l’ouverture aux langues étrangères et la diversification des langues d’enseignement. Les modalités concrètes de cette politique seront toutefois définies ultérieurement dans un cadre référentiel national fixé par décret. Autrement dit, la loi fixe les principes, mais laisse à l’Exécutif le soin d’en préciser les équilibres. La même logique prévaut dans plusieurs autres domaines clés : la création d’universités numériques (article 27), la généralisation des contrats programmes entre l’État et les universités (article 10), ou encore la mise en place d’une nouvelle structure nationale de financement de la recherche scientifique (article 103). Plusieurs avancées notables concernent également les étudiants. La loi consacre explicitement l’accès aux bourses, à la couverture médicale, aux services sociaux et à l’accompagnement psychologique, tout en renforçant les dispositifs d’orientation et d’insertion professionnelle. Elle reconnaît en outre la liberté d’expression sur les campus ainsi que la possibilité de créer des clubs culturels, artistiques et sportifs.

En définitive, les universités disposent d’un délai de trois ans pour adapter leur organisation interne, tout comme les établissements privés qui doivent se conformer aux nouvelles dispositions dans le même laps de temps. Dans l’intervalle, seule la mise en œuvre concrète de la réforme permettra d’en mesurer pleinement les effets. Car plusieurs dispositifs structurants sont inscrits dans la loi, mais leurs contours précis dépendront des textes réglementaires à venir.
Il convient toutefois de souligner qu’en élargissant les outils de gestion et en favorisant la diversification des ressources financières, la loi n°59.24 vise à alléger les lourdeurs administratives et à promouvoir une gouvernance fondée sur la responsabilité, la performance et la redevabilité. Elle pose ainsi les bases d’une université plus agile, mieux outillée et plus en phase avec les défis de la prochaine décennie.

 

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