Escroquerie
Au départ, il ne s’agissait que d’une histoire de promesse de mariage. Mais tout s’est transformé en une affaire d’escroquerie. Derrière le masque du séducteur s’est dessiné le visage d’un prédateur, dont les armes n’étaient ni visibles ni bruyantes, mais redoutablement efficaces.
Nous sommes à Rabat. Ce qui semblait n’être qu’une relation entachée de mensonges s’est progressivement révélé comme un mécanisme bien plus sombre, mêlant manipulation affective, usurpation d’identité et chantage numérique méthodiquement organisé.
Tout avait commencé dans la douceur trompeuse des mots. Des messages attentionnés, des promesses d’avenir murmurées avec une aisance déconcertante, des projets de mariage esquissés presque trop tôt pour être sincères. Le jeune homme savait choisir ses cibles. Il s’approchait de femmes plus âgées, souvent en quête de stabilité, et s’y insinuait avec une patience méthodique. Peu à peu, il installait un climat de confiance, jouant le rôle du partenaire idéal avec une précision presque calculée. Puis venait l’intimité. Une proximité que ses victimes croyaient partagée, mais qui, en réalité, se transformait en piège. À leur insu, via WhatsApp, il enregistrait, capturait des images, accumulait des fragments de vie privée qu’il conservait comme autant d’armes silencieuses. Le basculement était brutal. Là où il y avait des mots tendres, surgissaient des menaces. Là où se dessinaient des promesses, apparaissaient des exigences. Il réclamait de l’argent, froidement, en brandissant la possibilité de divulguer des contenus compromettants.
Le stratagème pouvait durer encore longtemps si une fissure n’était pas apparue. À Salé, l’une des victimes a découvert une vérité qui a fait voler en éclats le décor soigneusement construit. L’homme était déjà marié. Pire encore, son épouse, installée dans un village rural, attendait un enfant. La révélation a eu l’effet d’un électrochoc. La peur a cédé la place à la détermination. Elle a porté plainte, puis a renouvelé sa démarche, enclenchant ainsi la machine judiciaire.
Dans le même temps, une autre femme, résidant à Skhirat, s’est manifestée à son tour. Son récit faisait écho au premier, avec une variante troublante, auprès d’elle l’homme s’était présenté comme gendarme. Une identité fabriquée pour rassurer, puis pour intimider. Il exploitait cette fausse autorité avec aplomb, renforçant l’emprise qu’il exerçait sur sa victime.
Les enquêteurs de la police judiciaire à Rabat n’avaient qu’à suivre le fil. Derrière les faux-semblants, ils ont retrouvé un jeune homme déjà connu des services de police. Il venait tout juste de sortir de prison, après avoir purgé une peine de trois mois pour désertion des rangs de l’armée. Son passé éclairait d’un jour nouveau la mécanique de ses agissements.
Arrêté, il s’est retrouvé face à ses accusatrices. Leur réaction était immédiate : elles l’ont reconnu sans hésiter. Lui, en revanche, a tenté de brouiller les pistes. Il a nié et s’est présenté même comme victime d’un chantage en retour. Mais les faits parlaient d’eux-mêmes. Les enquêteurs disposaient de preuves tangibles : des virements bancaires et des échanges numériques. La première plaignante a expliqué avoir versé deux sommes d’argent de l’ordre de cinq mille dirhams, persuadée de préparer des fiançailles imminentes. La seconde a raconté avoir offert une chaîne en or, rapidement écoulée par le jeune homme. Elle a évoqué surtout la menace la plus pesante, celle de la diffusion d’une vidéo intime, enregistrée à son insu lors d’un appel.
Au fil des investigations, une autre ombre est venue s’ajouter au tableau. Le suspect avait également été impliqué dans une affaire de vol. Lors de son interpellation, certains objets dérobés étaient en sa possession, renforçant encore le faisceau d’accusations.
Après l’achèvement de la durée de la garde à vue, le suspect a été traduit devant le procureur du Roi près le tribunal de première instance qui l’a maintenu en détention préventive.


